Archive for août, 2014

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La chaine des classiques


Les chefs-d’œuvre, ces films qui résistent au temps, ont parfois offert à des automobiles la postérité de scènes tout à fait exceptionnelles. Parfois aussi, c’est l’utilisation qui a été faite de l’automobile, considérée comme décor ou comme accessoire, qui participe à la notoriété d’un long métrage. Hollywood, 1950. Le film noir est noir. John Huston présente « Asphalt jungle », l’histoire d’un hold-up raté qui s’achève par la mort ou l’incarcération de ses instigateurs. Distribué en France sous le titre « Quand la ville dort », ce film offre son premier rôle à la jeune Marilyn Monroe.

Sterling HaydenTout l’art de Huston consiste à faire de ses héros malheureux, des victimes. La scène finale dans laquelle Sterling Hayden, blessé et traqué par la police, fuit la ville dans son break Ford pour aller mourir dans un champ auprès de sa seule passion les chevaux est une magnifique parabole. La « jungle d’asphalte » est un cuisant échec commercial, ce qui n’empêchera heureusement pas son génial auteur d’exercer son talent, à travers des dizaines de films, jusqu’à sa fin, en 1987. Autre titre qui sent l’asphalte, « En quatrième vitesse » est tourné cinq ans plus tard par Robert Aldrich. Le film débute la nuit, sur une route déserte. Un roadster anglais pile dans un crissement de pneus : une jeune fille vient de surgir de la route. Le conducteur l’embarque, sans savoir qu’elle l’entraîne vers la mort. Lui, mais aussi son mécano mexicain, celui qui s’écrie « Vavavoum ! » (Onomatopée reprise par Citroën, dans l’une de ses pubs TV, pour la Visa), finira écrasé par le roadster, après qu’une main assassine eut relâché le cric pendant qu’il était en train de travailler sous la voiture. La même année, l’immense acteur Charles Laughton propose « La nuit du chasseur », le seul film qu’il ait mis en scène. Cet objet de culte cinéphilique conte l’histoire d’un tueur psychopathe (Robert Mi-chum) qui poursuit deux enfants dans la campagne. Auparavant, il a poignardé leur mère et l’a précipitée, attachée au siège de sa voiture, dans une rivière proche. La prise de vue sous l’eau, qui surprend la dépouille de Shelley Winters, la chevelure ondoyant au fil du courant, installée par cinq mètres de fond à bord de sa décapotable, est une autre joyau. Nous ne pouvions oublier Orson Welles. Toujours en 1955, il réalise, pour le générique initial de « La soif du mal », l’un des plus beaux travellings de l’histoire du 7e art. La caméra survole une Ford neuve et la suit jusqu’à la frontière mexicaine. Enfin, la voiture passe le barrage et quitte le champ. La caméra est restée sur Charlton Heston, qui devise avec un douanier. Retour à la Ford, qui explose. Nicolas Ray complète cette liste prestigieuse de films américains des années 50 avec « La fureur de vivre ». James Dean, dont la vie et la mort sera agrémentée de puissants coupés, y incarne Jim Stark, le teenager rebelle. Ses jeux sont suicidaires : deux voitures foncent à toute allure vers le précipice. Le premier qui freine a perdu… En France, Jean-Luc Godard déclenche la nouvelle vague. Avec «A bout de souffle » en 59, où Belmondo, au volant d’une Oldsmobile volée, lance irrité : « Y va pas m’doubler, çui là, avec sa Frégate à la con ! ». Trois ans plus tard, dans « Le Mépris », Brigitte Bardot encastre sa Ferrari sous un camion. En 1967 enfin, dans « Week-end », Jean Yanne et Mireille Darc, eux, sont précipités dans un paysage apocalyptique peuplé de cadavres automobiles. Entre-temps, Claude Lelouch a réalisé « Un homme et une femme ».

Jean-Louis TrintignantJean-Louis Trintignant, pilote automobile, y séduit Anouk Aimée aux commandes de sa Ford Mustang. « Les choses de la vie », tourné en 69 par Claude Sautet, compte une scène d’accident d’un réalisme spectaculaire. Une scène annoncée par un montage nerveux (la Giulietta de Piccoli qui fonce au croisement suivant, une camionnette cale) et montée au ralenti sous différents angles.

En voix off, les pensées du conducteur éjecté s’écoulent de son, corps inerte, mais encore vivant. Vittorio Gassman, dans « Le fanfaron » de Dino Risi, avait subi un sort identique, en 1962, au volant de sa Lancia Aurelia. Précipité dans un ravin à cause de son goût immodéré pour la vitesse. En 1974, Marlon Brando est « Le parrain » dans l’adaptation cinématographique du roman de Mario Puzzo. Parmi les morceaux de bravoure, le mitraillage de James Caan au péage d’autoroute figure en bonne place. Dix hommes embusqués criblent sa Lincoln. Caan sort de la voiture, entame un macabre ballet au ralenti, avant de s’écrouler, truffé de plomb. Francis Ford Coppola, réalisateur du film (dont il tournera la suite deux ans plus tard), remporte un succès collossal à l’époque. Issu de la même famille cinématographique, Martin Scorsese met en scène « Taxi driver » en 1976. Robert de Niro y incarne un paumé qui va basculer dans la folie meurtrière. Les scènes tournées dans son taxi, qui fend le crachin newerkais, participent à installer le malaise, puis le drame sur l’écran. Allemand, mais largement imprégné de culture américaine, Jack NicholsonWim Wenders est le cinéaste de l’errance. « L’ami américain », tourné en 77, s’achève sur un ballet automobile auquel participe un break US transformé en ambulance. D’« Au fil du temps » à « Paris, Texas », Wenders conduit souvent ses personnages sur des bandes d’asphalte au milieu de nulle part. Retour final aux USA, pour « Le facteur sonne toujours deux fois ». Tourné par Bob Rafelson en 1981, c’est la quatrième version filmée d’un roman de James Cain où l’automobile incarne l’instrument du malheur. En compagnie de Jack Nicholson, Jessica Lange déguise l’assassinat d’un vieux mari encombrant en accident de la route. Disculpés, les deux amants foncent vers une autre vie. La voiture fait une embardée. Nicholson reprend ses esprits et découvre le corps sans vie de celle qui portait son enfant. Son hurlement de désespoir se perd sur six lettres qui envahissent l’écran : the end.

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Une julienne de cascades


Rémy JulienneS’il y a, en France, un homme qui bat tous les records en matière de cinéma, c’est bien Rémy Julienne, maître des cascades depuis 25 ans. Avec plus de 700 films à son actif, il a « joué » sous la direction des plus grands metteurs en scène et « donné la réplique » aux stars du monde entier. Avant de rejoindre le tournage du prochain James Bond, il nous a livré quelques-uns de ses secrets. « faut souvent un ou deux mois de préparation pour réaliser dix ou quinze secondes de cascades, confie-t-il. Désormais, les scénaristes adaptent leurs histoires aux idées de cascades que nous avons, mon fils Michel et moi. Pour le prochain James Bond, nous allons faire rouler un convoi de cinq énormes camions sur deux roues avant que le héros ne les détruisent ». Bien entendu, Rémy Julienne et son équipe sont spécialisés dans les cascades de voitures, mais aussi de motos et de bateaux, en bref tout ce qui a un moteur. « Nous avons plus de 100 véhicules en stock pour les essais et, durant les tournages, ce sont les fabricants qui nous confient leurs modèles quand ils ont un rôle positif. Autrement, nous travaillons avec des garagistes ». Notre homme n’hésite d’ailleurs pas à frémir quand il se souvient de certaines destructions spectaculaires.

Rémy Julienne« Un de mes plus beaux souvenirs, c’est le tournage de « L’or se barre » (diffusé récemment sur Canal + NDLR) où les cascades ont un rôle prépondérant. Dans ce même film, nous avons « abîmé » franchement deux Jaguar Type E et une Aston Martin, qui sont aujourd’hui des voitures de collection ». Rémy Julienne a une foule d’anecdotes du même ordre à raconter. Il nous a avoué aussi utiliser la vidéo à toutes les étapes de son étonnant métier. Nous ne vous en disons pas plus. Cela fera l’objet d’un reportage, rempli d’images-chocs, à paraître dans quelques mois.