Archive for février, 2015

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Interview Sigourney Weaver


Sigourney WeaverElle est grande, elle est belle et elle est connue dans le monde entier. «Alien» puis «Aliens», «SOS fantômes 1 et 2» en ont fait L’actrice du fantastique. Au moment où «Gorilles dans la brume» (Warner) sort en vidéo, Sigourney Weaver se livre à nos appétits voraces. Interview à la tronçonneuse par Katryn Malvaes.

Comment avez-vous vécu l’expérience de «Gorilles dans la brume»?

Repasser sur les traces une femme aussi extraordinaire que Dian Fossey n’a pas été une entreprise facile. C’est une expérience qui, m’a beaucoup arquée, d’abord parce que le personnage n’avait rien de commun avec tout ce que j’avais pu jouer auparavant, en suite parce que, pour la première fois j’incarnais un personnage avant existé. El est très difficile, astreignant, frustrant même, de devoir rester fidèle à une vérité alors qu’en général le cinéma de fiction laisse une certaine liberté d’interprétation. Il a fallu que je m’adapte

Gros bras, séductrice,marginale, call-girl… Vous attendiez-vous à une carrière de ce type?

Pas du tout. En fait, je pensais plutôt faire une carrière théâtrale. Comme Meryl Streep, j’ai commencé à étudier l’art dramatique à l’université de Yale pour monter sur les scènes new-yorkaises off-Broadway. Je pensais que le théâtre était plus complet, plus enrichissant que le cinéma. C’est le hasard qui a voulu que Ridley Scott me remarque et me fasse confiance pour tenir le rôle viril d’un astronaute, Ripley, dans «Alien». Ensuite, j’ai enchaîné des rôles toujours physiques ou intenses, sans doute en raison de mon look. Je suis charpentée, brune, la mâchoire carrée… on m’imagine mal en femme fragile.

Être parfois surnommé «la Rambo féminine» vous gêne-t-il?

Non, je crois qu’au cinéma, comme dans la vie, d’ailleurs, il faut savoir se démarquer, ne surtout pas être banale. J’aime l’action et c’est pourquoi on m’offre souvent des rôles de mecs. Mais s’il est vrai que je ne cherche pas à m’enfermer dans cette image, je préfère encore être Miss Rambo dans un bon film plutôt qu’un personnage romantique dans une production sans couleur…

Comment une femme aussi séduisante que vous peut-elle avoir envie d’incarner Ripley, dans «Alien», à ses débuts?

Sigourney Weaver2

Ce personnage m’est apparu intéressant d’emblée par sa profondeur. En tant qu’actrice, je préfère les rôles qui donnent la priorité aux actions et aux idées, comme c’est le cas dans «Alien». Je ne me soucie pas trop, en réalité, de mon image personnelle. Ripley m’est tout de suite apparue comme une personne fascinante, un mélange de vulnérabilité humaine et de force. A travers elle, j’allais au-delà de moi. C’est rare de trouver des rôles féminins qui aient assez de consistances pour être de véritables héroïnes. D’ailleurs, c’est encore plus rare pour les personnages romantiques.

Vous en avez cependant incarné quelques-uns…

Oui, mais le charme n’était pas la finalité. Dans «L’année de tous les dangers», par exemple, le charme exprimé n’a rien de commun avec celui de «SOS fantômes», encore moins avec celui du film «Escort girl». Je m’imagine mal en sex-symbol parce que je suis plutôt du style copain que séductrice. Et de plus, je suis assez timide.

Vous choisissez des films à la croisée des genres,entre horreur et fantastique, entre espionnage et romance. Vous cherchez le réel dans l’irréel?

C’est curieux, mais j’ai l’impression de n’être bonne au cinéma que si je me fais très peur. Autrement dit, je dois accepter le danger. Les rôles que j’ai joués correspondent sans doute à ma personnalité en tant qu’actrice. Je suis quelqu’un d’assez contradictoire aussi. J’aime surtout le rire et l’humour, mais j’en joue avec ambiguïté, parce que le monde dans lequel on vit se prête difficilement à la franche rigolade. «SOS fantômes 2», l’air de rien, soulève la question de l’environnement que nous détruisons. D’autres films, dans lesquels j’ai joué, montraient aussi les horreurs de la guerre, même si, en toile de fond, il y avait une histoire d’amour. Et ça, c’est la réalité.

Avez-vous des souvenirs inquiétants de tournage, et d’«Alien» en particulier?

Il m’est arrivé, en effet, de me sentir réellement en danger lors des deux différents tournages d’«Alien». Personnellement, je ne supporte pas la vue des armeset,dans le film, il y a beaucoup de scènes de mitraille, d’explosion, de lutte, etc. Même si les armes utilisées sont fausses, les projectiles que l’on lance et qui volent dans les airs, eux, existent… et toutes les scènes ne sont pas doublées. Je me suis d’ailleurs blessée, dans «Aliens», en essayant de protéger la petite fille qui joue dans le film. D’ailleurs, «Aliens» a été plus dur à tourner, les moyens étaient plus limités et les répétitions quasi inexistantes. J’ai eu, en particulier, 48 heures très difficiles au moment du tournage de la scène où l’entrée de la grotte s’écroule sous les tirs des mitraillettes. Janet, qui joue le rôle d’un militaire femme, a eu très chaud à cause de quelques flammes pas bien contrôlées… Le danger était réel, et j’ai personnellement frôlé l’hystérie.

Comment êtes-vous rentrée dans la peau de Ripley?

Je travaillais constamment avec un cascadeur qui m’indiquait comment mettre chaque mouvement en évidence, comment brandir les armes — hyper lourdes — pour paraître -crédible. Par ailleurs, je faisais de la danse pour m’assouplir et bouger plus vite. Psychologiquement, j’ai fait un travail de concentration très intense. D’ailleurs, mon plus gros défaut, au cinéma, c’est de prendre trop au sérieux mes personnages. Si je me mets à confondre film et réalité, alors je cherche une vérité qui est souvent effrayante. Maintenant, j’apprends à m’en détacher, à penser à autre chose entre deux scènes.

Sigourney Weaver3Vous restez aussi attachée à chaque rôle?

Oui, c’est même sans doute pour cela que j’ai accepté d’être à nouveau Ripleypour «Aliens», et de donner une suite à «SOS fantômes». Ce ne sont pas des raisons commerciales qui m’y incitent — mais bel et bien parce que les personnages finissent par me manquer terriblement!

Vous vivez aussi votre propre vie dans l’irréel?

Non, ce n’est pas vraiment cela la raison qui me fait être possédée par mes personnages de films. Je mène très bien ma vie personnelle en dehors du cinéma. Mais disons que, à l’inverse, les personnages que je joue me collent à la peau à tel point que, les années passant, j’ai envie de les reprendre en leur faisant subir ma propre évolution. C’est d’ailleurs ce que James Cameron m’a laissé faire lors du deuxième «Alien». Entre les deux films, je me suis mariée, j’ai développé une autre vision du monde. J’avais besoin de jouer avec moins d’idéalisme, pour montrer la dureté du monde. Avec «SOS fantômes 2», c’est un peu la même chose. Il s’était passé des choses, en cinq ans!

Les choses de la vie?

Oui, sauf que pour moi le mariage a plutôt été une source d’étonnement extraordinaire. J’avoue que j’en avais un peu appréhendé l’idée mais ma plus grande surprise fut de constater à quel point un mariage peut s’avérer facile quand deux êtres sont faits pour vivre ensemble! Je ne ressens pas cette notion de concession, dont on parle tant et qui fait souvent l’échec de certains couples. Jim est très facile à vivre et accepte les aléas de ma carrière.

Comment trouvez-vous un nouveau frisson à chaque film?

Les deux «Aliens» (Ridley Scott puis James Cameron) sont, si l’on peut dire, des films d’horreur où la violence coexiste avec le suspense. «L’année de tous les dangers» (Peter Weir) et «L’œil du témoin» (Peter Yates) sont plutôt des films d’espionnage dans lesquels je suis une journaliste-reporter en danger. «SOS fantômes» (Yvan Reitman) mêle l’humour à l’horreur. Quant à «Gorilles dans la brume» (Michael Apted), l’histoire est à la fois sentimentale et tragique, dans une dimension un peu surréaliste. Mon parcours m’a, en effet, permis de retrouver le frisson à chaque fois parce que j’incarnais toujours un personnage capital, primordial, avec une réelle dimension pour la femme et pour l’actrice. Je ne suis jamais seulement sex-symbol ou guerrière, mais il y a toujours de l’action, des idées et un aspect sentimental. Quant à «Working girl» (Mike Nichois), il a fallu que je me mette dans la peau d’un personnage assez odieux et tyrannique, ce qui n’est pas vraiment dans ma nature, mais qui a suscité précisément mon intérêt. Ce personnage-là m’a permis de dénoncer un certain profil de femmes sans-scrupules, aux antipodes de ce que représentait Dian Fossey.

Quel a été votre tournage le plus difficile?

«Une femme ou deux», de Daniel Vigne. Parce que c’était une comédie et j’estime que c’est le genre le plus difficile. En plus, je ne connaissais pas bien les subtilités de la langue française et j’étais morte de trac de tourner avec une star comme Gérard Depardieu, sous la direction d’un réalisateur français. Le film n’a malheureusement pas eu le succès mérité, mais je ne regrette pas de l’avoir tourné parce que j’ai été au-delà de moi-même, encore une fois, dans une situation qui me ressemble si peu.

Comment peut-on ne pas ressembler à ses rôles?

Ce sont eux qui finissent par me ressembler, parce que quand je joue, je mets toujours de mon expérience, de ma sensibilité dans le personnage. L’intérêt du cinéma, c’est de pouvoir transposer un peu de sa personnalité dans des personnages qui ne sont pas soi. Il se crée une sorte d’osmose. L’intérêt aussi de jouer ce que l’on n’est pas, c’est de rendre réaliste ce qui ne l’est pas ou encore de créer une autre réalité. Pour l’actrice, c’est aussi l’occasion d’expérimenter un caractère extrême.

Sigourney Weaver4Vous êtes aussi agitée et passionnée que vos personnages?

Non, pas du tout, je suis une personne très calme. Je ne me suis jamais prise au sérieux. D’ailleurs, je vis dans une toute petite maison à New York, dans Manhattan, qui étonnerait tous ceux qui m’imaginent vivant dans une luxueuse maison. Je suis vraiment passionnée par tout ce que je fais, sans doute avec excès si l’on en juge par l’état de mon appartement. Mon mari (le metteur en scène de théâtre Jim Simpson) et moi vivons le plus souvent au milieu de bagages, de cartons, de jouets, d’instruments de musique dont nous faisons collection… et de crises de fous rires. Je suis un peu farfelu peut-être.

Comment combinez-vous cet humour qui vous caractérise et cette lucidité évidente sur ce qui est dramatique?

Parce que tout coexiste, j’essaie justement d’alterner les films fantastiques, dramatiques et comiques, tout comme j’aime alterner les premiers rôles et les seconds rôles. Le principal, à mon sens, c’est de pouvoir s’exprimer sur le registre le plus large possible. A quoi cela sert-il de faire toujours les mêmes personnages? Moi, j’aime les défis et les rôles très physiques. Je ne ferai pas un troisième «Alien», mais pourquoi pas un autre personnage dans un nouveau film de science-fiction ou d’horreur… avec une bonne histoire. On n’a jamais vraiment tout dit!

Quel réalisateur français aimez-vous ?

Bertrand Tavernier, il a un style tellement personnel. J’aimerais beaucoup tourner avec lui.

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Monster in the closet


Après avoir vu «Monster in the closet», édité ce mois-ci par UGC Vidéo, vous n’ouvrirez plus un placard (closet in english) ou une armoire sans avoir quelques sueurs froides, suivies d’un énorme éclat de rire. C’est la base de cette parodie de films d’horreur, aux multiples facettes, où angoisse et suspense riment avec burlesque et fantaisie. Un plaisir fantastique, dans tous les sens du terme…

Monster in the closetSi le fantastique a, depuis longtemps, son festival, ses classiques et ses monstres sacrés (c’est le cas de le dire), il faut bien constater que le département parodie compte plus de séries Z que de véritables petits chefs-d’œuvre. Il faut remonter à «Schlock» et, plus récemment, au «Bal des vampires» ou à «Galaxina» pour sentir monter le plaisir… entre nos deux oreilles. Heureusement, il y a une compagnie cinématographique américaine, spécialisée dans les séries B d’envergure, qui a su faire la part belle à ce genre dans le genre. C’est avec de gros moyens qu’elle a permis à ce «Monster in the closet» de voir le jour et de devenir une série A, dévastatrice à souhait. Nous n’avions pas pris un tel plaisir depuis le «Beetlejuice» (Warner) de Tim Burton (Coup de cœur de novembre). Faisons tout de suite un (mauvais) sort à l’histoire. La petite ville universitaire de ChestnutHills, près de San Francisco, vit dans la terreur. Une série de meurtres étranges a eu lieu dans… des placards. Richard, un journaliste local, convainc son patron de faire une enquête sur l’affaire, qui prend en quelques jours d’importantes et sanglantes proportions. Dans le même temps, l’excentrique Dr Pennyworth et Diane, le professeur de biologie, tentent de faire comprendre au shérif Ketchum que c’est un monstre venu d’un autre monde qui perpétue ces crimes. La créature apparaît enfin, et l’armée intervient sans succès avant de faire évacuer la ville. Seuls Richard et Diane restent pour tenter d’exterminer le monstre qui ne menace rien moins que l’ensemble de la planète… Cette histoire à la structure classique laisse libre cours au pastiche et c’est un véritable catalogue de références (personnages, situations, dialogues, etc.), puisées dans le cinéma fantastique des années 50-60, auquel on a droit. En vrac, le monstre évoque tour à tour Godzilla, la créature du lac noir et même King Kong ; le couple héros a tous les tics de Clark Kent-Lois Lane dans «Superman»; le savant fou (la tronche d’Einstein) veut entrer en communication avec l’«être différent» comme dans toutes les séries B; le prêtre est toujours prêt à brandir le crucifix comme une ultime protection; le chef de l’armée, violent et patriote, ne pense qu’à exterminer la bête, etc. On passerait un bon moment à évoquer toutes les parodies de scènes historiques, de la mythique et hitchcockienne séquence de la douche jusqu’à la prise «en main» amoureuse par le monstre (serait-ce une femelle?), du héros, à la mode King Kong, en passant par la transposition du fameux orgue de Spielberg, dans «Rencontres du troisième type», en xylophone. Le résultat, c’est une avalanche de gags où l’absurde et le non-sens règnent en maîtres. Dans ce contexte, les acteurs s’en donnent à cœur joie. En dehors de l’illustre John Carradine («Cléopâtre», «La chevauchée fantastique », «Les dix commandements», «L’homme qui tua Liberty Valance»), on retrouve quelques-uns des meilleurs seconds rôles du cinéma et des séries TV comme Howard Duff, Claude Akins et Donald Moffat. C’est Bob Dahlin qui dirige tout ce petit monde avec brio. Il a travaillé comme assistant-réalisateur de grands noms du cinéma comme Robert Altman, Jonathan Demme, Tony Richardson, Richard Lester ou Richard Brooks. Il signe là son premier long métrage en ayant fait preuve, dès l’écriture du scénario, d’une connaissance profonde du sujet et d’un sens inné de l’exploitation humoristique. Les effets spéciaux sont eux aussi très soignés et l’on sent que ce film n’a pas été fait avec des bouts de chandelle. Que dire encore si vous n’êtes pas convaincus? Ecoutez très vite les émissions de Skyrock, qui font la part belle à ce Coup de cœur à savourer d’urgence. Une dernière chose, fermez bien vos placards avant de visionner cette cassette. On ne sait jamais…