Archive for mars, 2015

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80-90 les années fantastiques


Que furent les années 80 pour le cinéma fantastique ? La continuation des années 70. Ceci n’est une lapalissade qu’en apparence. C’est dans les seventies, en effet, qu’on a assisté à la naissance de ce qu’on pourrait appeler le fantastique moderne. Aux premières armes de Spielberg et de Brian de Palma, au triomphe de «L’exorciste» et de «Massacre à la tronçonneuse». L’horreur new-look a supplanté les fastes surannés du gothique, Hollywood a retrouvé sa suprématie, un moment perdue, au profit de l’Angleterre, à l’époque de la ‘gemmer. Ce fut une ère de transition, marquée surtout par l’essor commercial d’un genre cantonné jusque-là dans le ghetto de ses circuits spécialisés. Après Friedkin, Spielberg et sa bande ont gravi, avec «Duel», «Les dents de la mer», «Carne», etc., les sommets du box-office. Les années 80, en ce sens, n’apportent pas d’extraordinaire nouveauté. Si on ne se repose pas sur ses lauriers, on les fait fructifier. Par ailleurs, l’évolution entamée dans les seventies se poursuit de plus belle, selon quatre «lignes de force» : 1. L’importance de l’investissement. 2. La nature de l’inspiration. 3. Le niveau de créativité. 4. Le degré d’horreur.

80-90L’importance de l’investissement

Autrement dit, le coût de production dévolu aux films dits, fantastiques. Il faut ici rappeler que les films d’épouvante étaient, à l’origine, des productions comme les autres. L’Universal des années 30 consacrait à ses «Frankenstein» et «Dracula» des budgets de série A. C’est par la suite seulement que le fantastique devint le terrain privilégié de la sous-production, de la série 13 destinée au double programme. Dans les fameuses sixties, les chefs-d’œuvre britanniques qui firent le tour du monde étaient souvent des produits à bon marché. Il fallut la renaissance américaine du nouvel Hollywood pour que, de nouveau, on investisse beaucoup d’argent dans ce genre de spectacles, et cela dans le monde entier : après tout, c’est d’Australie que nous est venu un genre original de superproductions avec «Mad Max». Le signe précurseur de ce phénomène fut, dans les années 70, la vague du film-catastrophe. A la faveur de cette transition, le fantastique a pris le relais des grands genres hollywoodiens tombés en désuétude, voire en décrépitude : le western, le film de guerre, le péplum et le cape et épée. Le nouveau western, c’est la saga de «Mad Max», avec son héros solitaire, ses grands espaces, ses hors-la-loi sans scrupules et sa communauté d’élus qui seront les pionniers d’un monde nouveau. Le péplum rejoint les «heroic fantasy» et «sword and sorcery», «Lady hawke» ou «Willow». Le film de guerre trouve un équivalent spatial dans le cycle «Star wars», où l’arsenal est évidemment modernisé, comme dans «Alien 2, le retour» et, bien sûr, «Enemy mine», puis le récent«Abyss», toutes productions où les armes et les engins constituent l’essentiel du spectacle. Le genre cape et épée, qui a sa part aussi dans «Star wars» (les Jedis sont des chevaliers version cosmique, et l’Étoile de la mort de DarthVader remplace le château fort du shérif de Nottingham dans «Robin des Bois»), nourrit aussi désormais des « Highlanders » ou «Swordkill»… L’accroissement des budgets renforce le faste spectaculaire, et dans le fantastique, cela inclut le soin tout particulier apporté aux effets spéciaux (EX pour les intimes) dont la complexité, la finition et la perfection donnent la mesure de la richesse d’un film. Il y a deux sortes de FX. D’abord, ceux qui permettent de montrer catastrophes, explosions, déflagrations, incendies. Comme dans la plupart des policiers et autres films d’aventures. Et puis ceux qui relèvent plus particulièrement de l’horreur : les maquillages, les truquages qui donnent l’illusion de tous les mauvais traitements exercés contre les corps, les mutilations, les transformations, les métamorphoses les plus violentes. Pour cela, on a avancé à pas de géant dans ces années 80. On se souviendra de l’homme transformé en loup de «Hurlements» (1982), des créatures de l’au-delà de «Poltergeist» (1982), du chétif et sympathique alien de «ET» (1982), des monstruosités surréalistes de «The thing» (1982), et plus tard des joyeux revenants de «SOS fantômes», du cadavre écorché de «Hellraiser», de l’assassin défiguré aux mille gadgets horribles de la saga «Freddy»… Images fascinantes, jamais vues, réalisant les rêves les plus insensés de Georges Méliès : c’était ça, les années 80 !

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Freddy


Alerte, tout le monde aux abris, Freddy change de masque! Après avoir terrorisé en émanation vivante de cauchemars incroyables toute une, génération de teenagers, le voilà qui endosse, pour notre plaisir pervers, la cape, le chapeau et l’infernal maquillage du «Fantôme de l’Opéra». Voilà qui promet, car ce film, qui va sortir dans quelques semaines sur les écrans de l’hexagone, fait figure d’événement à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit de la première production en solo de Menahem Golan, qui fonda avec son cousin YoramGlobus la fameuse firme Cannon Group Inc en .1979. On leur doit quelques films particulièrement musclés, tels «Over the top» avec Stallone et «Delta force» avec Chuck Norris. Le 1er mars 1989, Golan décide de faire bande à part et crée sa propre maison de production, 21st Century Productions (8200 WilshireBlvd, Beverly Hills, California). Il cherche un sujet, voit à Londres la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber adaptée du «Fantôme de l’Opéra», a le coup de foudre, rachète les droits et monte l’affaire en trois semaines. Il engage Gerry O’hara pour réactualiser le script et confie la réalisation à Dwight H. Little, qui a signé «Halloween 4». Robert Englund, qui commence à saturer de la Freddy saga, est ravi de l’aubaine Golan lui propose le rôle- titre. «En créant « mon » fantôme, dit-il, je me suis servi de personnages aussi Jack l’Eventreur ou le bossu de « Notre-Dame de Paris ». Mais tous deux ont en commun la même notion aiguë de la pureté, un étonnant mélange d’innocence et de perversion…» Si Englund s’investit totalement dans sa «récréation», il doit aussi se plier aux exigences d’un tournage difficile en Hongrie et à New York. Cette quatrième version «officielle» du roman de Gaston Leroux s’écarte délibérément du canevas original. «Le problème, explique Menahem Golan, c’est que l’auteur du livre laisse planer le doute quant à l’origine du fantôme. Est-ce un être humain ou une émanation surnaturelle? Nous avonsdonc quelque peu transformé l’histoire, qui commence à New York en 1990, qui continue au London Opera House en 1989 pour s’achever de nouveau à New York». A ce stade du récit, un point d’histoire n’est sans doute pas inutile. C’est en 1911 que le feuilletoniste français Gaston Leroux publie «Le fantôme de l’Opéra». On lui doit une dizaine de romans, dont les plus connus sont «Le mystère de la chambre jaune» et «Chéri Bibi». En 1922, il propose un exemplaire du «Fantôme…» à Cari Laemmle, le président d’Universel, de passage à Paris. Enthousiasmé, ce dernier décide de le produire et de confier le rôle principal à LonChaney. Le but de Laemmle est simple : donner à l’acteur l’occasion de se distinguer à nouveau, après sa formidable composition de Quasimodo dans «Notre-Dame de Paris» en 1923, dans l’incarnation d’un personnage alliant la noblesse de cœur à la laideur physique. LonChaney était passé maître dans l’art du grimage, et il est à noter que dans cette version, qui vient de sortir en cassette chez GCR, tous ses visages ne sont pas obtenus à l’aide de masques, mais par un travail direct sur la peau. «Le fantôme de l’Opéra» est l’un des films les plus coûteux de l’époque, et Universel n’hésite pas à construire entièrement une parfaite réplique de l’Opéra de Paris dans son plus imposant studio, le fameux Stage 28. Le film, terminé par le réalisateur Edward Sedgwick après le renvoi de Rupert Julian, sort en version muette fin 1925, mais le succès est tel qu’Universel’ décide d’y ajouter des dialogues, des effets sonores et de la musique.Freddy Ainsi parée, l’œuvre fait une deuxième sortie en 1930, et c’est de nouveau le triomphe. Le scénario est d’un exemplaire fidélité au roman de Leroux. La trame en est la suivante. Eric est un étrange personnage masqué qui vit retiré du monde, dans les catacombes sous l’Opéra de Paris. A son sujet, les avis sont partagés. Certains prétendent l’avoir vu rôder dans les coulisses, d’autres ne croient pas à son existence. Eric est amoureux en secret de Christine, une jeune ingénue dont la voix l’a charmé. Il s’est promis qu’un jour, elle deviendrait la prima donna. Pour hâter la carrière de celle qu’il aime, il n’hésite pas à terroriser le personnel de l’Opéra. Il profite d’une confusion qu’il a provoquée pour enlever la jeune fille et la conduire dans son repaire souterrain. Christine, mue par la curiosité, arrache brusquement le masque d’Eric. Elle découvre le visage complètement ravagé d’un cadavre… Pendant ce temps, une foule, conduite par Raoul, le fiancé de la jeune fille, et un détective, envahit les catacombes. Eric s’enfuit, mais est finalement rejoint sur l’un des ponts de la capitale. La foule le bat à mort et jette son corps dans la Seine. L’ambiguïté fondamentale de la personnalité d’Eric est l’un des atouts maîtres du roman de Gaston Leroux. Existe-t-il réellement? Si oui, qui est-il? Pourquoi a-t-il été défiguré ? La deuxième adaptation, réalisée en 1943 par Arthur Lubin avec Claude Rains dans le rôle principal, se contente de reprendre, presque plan par plan, la première version. Plus intéressante est la manière habile dont le grand Terence Fisher, réalisateur fétiche dans les années 60 de la firme anglaise Hammer, extrapole et explicite le script original. «Le fantôme de l’Opéra» est un compositeur génial, mais inconnu. Il vend sa musique à Ambrose, qui se l’approprie. Alors, furieux d’avoir été floué, Eric met le feu à l’imprimerie de musique, mais est grièvement brûlé aux mains et au visage. Cette pure invention de scénariste a le double avantage d’être rationnelle (pourquoi et comment Eric s’est retrouvé défiguré) et de plonger dans le diabolo mythique (l’auteur de musique qui vend ses partitions pour enfin être joué n’est pas sans rappeler Faust, qui marchande son âme à Satan en échange de la vie éternelle. Souvenez-vous de «La beauté du diable» avec Gérard Philipe). Cette interprétation nouvelle et éclairante va beaucoup servir à Brian de Palma pour son opéra-rock «Phantom of the paradise». Ce détournement roublard du «Fantôme de l’Opéra» suscite, quelques mois avant sa sortie en 1974, d’importants problèmes légaux avec l’Universal. En effet, la firme reprochait à de Palma l’utilisation sans autorisation du roman de Gaston Leroux. Après de nombreux pour parlers, un accord financier fut conclu et Universal retira sa plainte. Tous ces petits chichis juridiques n’enlèvent rien à la puissance électrochoc du film, qui remporte fort justement le grand prix du Festival d’Avoriaz en 1975. De Palma a su donner une dimension futuriste et une vision nouvelle à une histoire qui, par le flou savamment ménagé par Gaston Leroux, permet tous les virévoltâtes, toutes les interprétations. On peut tout imaginer quant au passé d’Eric le fantôme, donc pourquoi pas un pacte avec Satan, non? Depuis le premier film avec Lon Chaney, on peut noter une double évolution. Tout d’abord, l’intrigue tend vers le fantastique, non plus seulement à cause du cadre, l’Opéra, mais aussi, nous l’avons vu, par les explications de moins en moins pragmatiques sur la défiguration du héros. La dernière œuvre en date, avec Englund en vedette, tire carrément vers la réincarnation et l’horreur pure et dure. Mais l’autre direction, amorcée avec «Phantom of the paradise» tend vers l’importance de la musique, voire son omniprésence. Il est donc logique qu’en apothéose, «Le fantôme de l’Opéra» soit monté sur scène et présenté comme une comédie musicale à part entière. C’est chose faite depuis le 9 octobre 86, puisque «The phantom of the Opera» triomphe chaque soir au Her Majesty’s theatre de Londres. La musique est signée Andrew Lloyd Webber et les «lyrics» Charles Hart. Dans le livret, point d’ambiguïté : Eric vend son âme au diable. Mais quelle mise en scène! Quelle féerie! Normal que cet infernal «musical» fasse dans le même temps un tabac à Broadway. A quand ce bijou sur une scène parisienne? Pour bientôt, espérons, le. Mais une chose est sûre, entre le cinoche et la scène, on n’a pas fini d’entendre parler du «Fantôme de l’Opéra».