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La nature de l’inspiration


A première vue, on pourrait dire que l’agonie du gothique, dans la première moitié des années 70, a laissé la place libre aux sources d’inspiration d’un fantastique moderne. Aux traditions du folklore, les cinéastes ont substitué des préoccupations plus contemporaines. La réalité est beaucoup plus nuancée. Agonie, d’abord, c’est vite dit. Le folklore subsiste, et les vieux monstres apparus dans les années 30, momies, loups-garous ou créatures de Frankenstein, -ont la vie dure : voir «Waxwork», «Le loup-garou de Londres» ou «La promise». Le sacré ancestral et millénaire est toujours présent ; seule différence il surgit désormais dans la vie quotidienne. Les esprits des maisons hantées sont maintenant étudiés avec toute la rigueur scientifique qui convient, comme dans «L’emprise» de Sidney Furie. Si l’écrivain de «House» a des hallucinations, ce sont des souvenirs de la guerre du Vietnam. Quant aux dangereuses apparitions de «Prison», elles suintent des murs d’un pénitencier, occasion de traiter sur le mode de l’épouvante du vieux sujet de la peine de mort et de la chaise électrique. Les loups féroces envahissant le Bronx de New York dans «Wolfen», les chauves-souris du Nouveau-Mexique dans «Morsures», l’envoûtement maléfique du «Faiseur d’épouvantes» et les divers esprits frappeurs de «Poltergeist» (1982, en attendant la suite) ont quelque chose en commun : ils attestent la résurgence en plein 20e siècle finissant des antiques superstitions de ces premiers occupants du Nouveau-Monde, les Indiens. Une façon peut-être d’exorciser une culpabilité latente de la nation américaine : dans «Cimetière», adaptation par Mary Lambert du roman de Stephen King, c’est encore d’un vieux cimetière indien que jaillira l’horreur. Stephen King est assurément, dans cette optique-là, le grand homme de la décennie : il s’est fait une spécialité de la projection dans l’univers le plus familier des peurs les plus traditionnelles. C’est chez monsieur Tout-le-Monde qu’on rencontre le loup-garou de «Peur bleue», et «Les vampires de Salem» constituent la plus paisible des communautés de la Nouvelle-Angleterre. Il faut dire que le vampirisme est un cas à part, qui traverse toutes les modes à condition de ne pas être relégué dans sa terre natale, les Carpates. David Bowie et Catherine Deneuve, chic riverains de Manhattan dans «Les prédateurs», les voyous écumant les snacks et les motels de «Near dark», les danseuses d’une boîte de nuit de «Vamp», les adolescents californiens de «Lost generation», les voisins vaguement farouches de «Vampire, vous avez dit vampire ?», je, tu, il, elle, nous sommes tous des vampires… Pas étonnant si Nicolas Cage, le héros de «Embrasse-moi, vampire», un des musts du Festival d’Avoriaz 90, se prend lui-même pour un des «enfants de la nuit» chers au comte Dracula. A la faveur des années 70, ont avait cru remiser au grenier de la superstition ces antiques malédictions, balayées par une vague écologique plus ou moins militante (à la «Soleil vert»). Dans les années 80, la hantise de la pollution demeure à travers les invasions de bestioles diverses («Alligator» ou «Piranha 2») et la terreur de la bombe est le prétexte à la description d’apocalypses nucléaires comme «Le jour d’après» (1984) et «Le dernier testament» (1984). Et après la catastrophe, ce n’est pas mieux : quel cauchemar de survivre dans le monde de «Mad Max», n° 1, 2 ou 3, de «Baffle-truck» ou «Quiet earth» (venus de cette Nouvelle-Zélande très sensibilisée sur la question) ! A Avoriaz 90, nous avons encore droit à un suspense échevelé autour de l’imminence de l’arrivée des missiles sur Los Angeles, titre «Miracle mile» (1989). Sur un plan plus individuel, et recoupant la hantise vampirique fondée sur la peur de l’épidémie, on a vu se répandre la terreur organique — annoncée dès «Alien», le film-phare de cette décennie, confirmée par l’impact de «La mouche» et des autres films de David Cronenberg — qui, serait-ce un hasard, coïncide avec cet autre phénomène des années 80, la propagation du Sida. Enfin, la sophistication technologique de notre société incite les cinéastes à reprendre un thème fondateur de la science-fiction la révolte, la déviation insidieuse des objets destinés à faciliter la vie courante. Les appareils domestiques se dérèglent et s’affolent dans «Le démon dans l’île» de Francis Leroi, les ascenseurs capturent leurs passagers dans «The lift» (1984) comme dans «Out of order» (1984). Les ordinateurs domestiques sont les vedettes de «War games» ou «Electric dreams» (1985), les téléviseurs et magnétoscopes du troublant «Vidéodrome». Quant aux robots de «Terminator» comme de «Robocop» (1987), ils symbolisent cette folie des expérimentations qui ne tiennent aucun compte du facteur humain, que ce soit la chirurgie («Looker») ou les manipulations génétiques («Scanners»). Mais l’époque n’est pas seulement celle d’une crise de société universelle où la montée d’une certaine folie de la violence se traduit par l’insécurité croissante, par la multiplication des attentats terroristes comme par des flambées de hooliganisme, le tout baignant parfois dans un retour de l’irrationnel viscéral qu’on croyait oublier depuis les temps troublés du Dr Mabuse. Les assassins, de préférence masqués, rôdent dans les grandes cités comme dans les vertes avenues des banlieues résidentielles, s’introduisent chez vous on ne sait comment, comme par magie. Ainsi, le dément de «Halloween», qui trouve toujours le moyen de se retrouver dans la chambre à coucher des adolescentes. Si c’est impossible matériellement, ils utilisent le téléphone, comme le meurtrier de «Terreur sur la ligne» (1980), le rêve, comme le terrifiant Freddy du cycle des «Griffes de la nuit» (1984…) ou le fantasme, comme le violeur de « Dream lovera » (1986). La caractéristique essentielle du tueur psychopathe est sa quasi-invulnérabilité. Il est pratiquement impossible de s’en débarrasser, et, si d’aventure il advient qu’il soit éliminé, détruit une bonne fois pour toutes, l’empêchera-t-on de revenir à l’épisode suivant, quitte à se faire remplacer? Au premier «Vendredi 13» (1980), nous savions que l’assassin était la mère de Jason. Puis ce sera Jason lui-même, cadavre pourrissant émergeant de Crystal Lake, et plus tard l’une de ses victimes schizophrènes qui, se prenant pour le joueur de hockey, prendra à son compte sa folie meurtrière. La vieille dichotomie des Bons et des Méchants ne résiste plus, elle-même, à cette explosion de l’ultra-violente comme on disait dans «Orange mécanique»: l’héroïne de «Angel of vengeance» (1982), sourde-muette violée, se transforme en justicière encore plus terrible que son agresseur. Et que pèsent les loubards, délinquants des rues ou du métro, auprès des indestructibles «Nomads», esprits maléfiques d’une peuplade esquimaude brusquement surgis dans le décor rassurant de San Francisco ?

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80-90 les années fantastiques


Que furent les années 80 pour le cinéma fantastique ? La continuation des années 70. Ceci n’est une lapalissade qu’en apparence. C’est dans les seventies, en effet, qu’on a assisté à la naissance de ce qu’on pourrait appeler le fantastique moderne. Aux premières armes de Spielberg et de Brian de Palma, au triomphe de «L’exorciste» et de «Massacre à la tronçonneuse». L’horreur new-look a supplanté les fastes surannés du gothique, Hollywood a retrouvé sa suprématie, un moment perdue, au profit de l’Angleterre, à l’époque de la ‘gemmer. Ce fut une ère de transition, marquée surtout par l’essor commercial d’un genre cantonné jusque-là dans le ghetto de ses circuits spécialisés. Après Friedkin, Spielberg et sa bande ont gravi, avec «Duel», «Les dents de la mer», «Carne», etc., les sommets du box-office. Les années 80, en ce sens, n’apportent pas d’extraordinaire nouveauté. Si on ne se repose pas sur ses lauriers, on les fait fructifier. Par ailleurs, l’évolution entamée dans les seventies se poursuit de plus belle, selon quatre «lignes de force» : 1. L’importance de l’investissement. 2. La nature de l’inspiration. 3. Le niveau de créativité. 4. Le degré d’horreur.

80-90L’importance de l’investissement

Autrement dit, le coût de production dévolu aux films dits, fantastiques. Il faut ici rappeler que les films d’épouvante étaient, à l’origine, des productions comme les autres. L’Universal des années 30 consacrait à ses «Frankenstein» et «Dracula» des budgets de série A. C’est par la suite seulement que le fantastique devint le terrain privilégié de la sous-production, de la série 13 destinée au double programme. Dans les fameuses sixties, les chefs-d’œuvre britanniques qui firent le tour du monde étaient souvent des produits à bon marché. Il fallut la renaissance américaine du nouvel Hollywood pour que, de nouveau, on investisse beaucoup d’argent dans ce genre de spectacles, et cela dans le monde entier : après tout, c’est d’Australie que nous est venu un genre original de superproductions avec «Mad Max». Le signe précurseur de ce phénomène fut, dans les années 70, la vague du film-catastrophe. A la faveur de cette transition, le fantastique a pris le relais des grands genres hollywoodiens tombés en désuétude, voire en décrépitude : le western, le film de guerre, le péplum et le cape et épée. Le nouveau western, c’est la saga de «Mad Max», avec son héros solitaire, ses grands espaces, ses hors-la-loi sans scrupules et sa communauté d’élus qui seront les pionniers d’un monde nouveau. Le péplum rejoint les «heroic fantasy» et «sword and sorcery», «Lady hawke» ou «Willow». Le film de guerre trouve un équivalent spatial dans le cycle «Star wars», où l’arsenal est évidemment modernisé, comme dans «Alien 2, le retour» et, bien sûr, «Enemy mine», puis le récent«Abyss», toutes productions où les armes et les engins constituent l’essentiel du spectacle. Le genre cape et épée, qui a sa part aussi dans «Star wars» (les Jedis sont des chevaliers version cosmique, et l’Étoile de la mort de DarthVader remplace le château fort du shérif de Nottingham dans «Robin des Bois»), nourrit aussi désormais des « Highlanders » ou «Swordkill»… L’accroissement des budgets renforce le faste spectaculaire, et dans le fantastique, cela inclut le soin tout particulier apporté aux effets spéciaux (EX pour les intimes) dont la complexité, la finition et la perfection donnent la mesure de la richesse d’un film. Il y a deux sortes de FX. D’abord, ceux qui permettent de montrer catastrophes, explosions, déflagrations, incendies. Comme dans la plupart des policiers et autres films d’aventures. Et puis ceux qui relèvent plus particulièrement de l’horreur : les maquillages, les truquages qui donnent l’illusion de tous les mauvais traitements exercés contre les corps, les mutilations, les transformations, les métamorphoses les plus violentes. Pour cela, on a avancé à pas de géant dans ces années 80. On se souviendra de l’homme transformé en loup de «Hurlements» (1982), des créatures de l’au-delà de «Poltergeist» (1982), du chétif et sympathique alien de «ET» (1982), des monstruosités surréalistes de «The thing» (1982), et plus tard des joyeux revenants de «SOS fantômes», du cadavre écorché de «Hellraiser», de l’assassin défiguré aux mille gadgets horribles de la saga «Freddy»… Images fascinantes, jamais vues, réalisant les rêves les plus insensés de Georges Méliès : c’était ça, les années 80 !

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Freddy


Alerte, tout le monde aux abris, Freddy change de masque! Après avoir terrorisé en émanation vivante de cauchemars incroyables toute une, génération de teenagers, le voilà qui endosse, pour notre plaisir pervers, la cape, le chapeau et l’infernal maquillage du «Fantôme de l’Opéra». Voilà qui promet, car ce film, qui va sortir dans quelques semaines sur les écrans de l’hexagone, fait figure d’événement à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit de la première production en solo de Menahem Golan, qui fonda avec son cousin YoramGlobus la fameuse firme Cannon Group Inc en .1979. On leur doit quelques films particulièrement musclés, tels «Over the top» avec Stallone et «Delta force» avec Chuck Norris. Le 1er mars 1989, Golan décide de faire bande à part et crée sa propre maison de production, 21st Century Productions (8200 WilshireBlvd, Beverly Hills, California). Il cherche un sujet, voit à Londres la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber adaptée du «Fantôme de l’Opéra», a le coup de foudre, rachète les droits et monte l’affaire en trois semaines. Il engage Gerry O’hara pour réactualiser le script et confie la réalisation à Dwight H. Little, qui a signé «Halloween 4». Robert Englund, qui commence à saturer de la Freddy saga, est ravi de l’aubaine Golan lui propose le rôle- titre. «En créant « mon » fantôme, dit-il, je me suis servi de personnages aussi Jack l’Eventreur ou le bossu de « Notre-Dame de Paris ». Mais tous deux ont en commun la même notion aiguë de la pureté, un étonnant mélange d’innocence et de perversion…» Si Englund s’investit totalement dans sa «récréation», il doit aussi se plier aux exigences d’un tournage difficile en Hongrie et à New York. Cette quatrième version «officielle» du roman de Gaston Leroux s’écarte délibérément du canevas original. «Le problème, explique Menahem Golan, c’est que l’auteur du livre laisse planer le doute quant à l’origine du fantôme. Est-ce un être humain ou une émanation surnaturelle? Nous avonsdonc quelque peu transformé l’histoire, qui commence à New York en 1990, qui continue au London Opera House en 1989 pour s’achever de nouveau à New York». A ce stade du récit, un point d’histoire n’est sans doute pas inutile. C’est en 1911 que le feuilletoniste français Gaston Leroux publie «Le fantôme de l’Opéra». On lui doit une dizaine de romans, dont les plus connus sont «Le mystère de la chambre jaune» et «Chéri Bibi». En 1922, il propose un exemplaire du «Fantôme…» à Cari Laemmle, le président d’Universel, de passage à Paris. Enthousiasmé, ce dernier décide de le produire et de confier le rôle principal à LonChaney. Le but de Laemmle est simple : donner à l’acteur l’occasion de se distinguer à nouveau, après sa formidable composition de Quasimodo dans «Notre-Dame de Paris» en 1923, dans l’incarnation d’un personnage alliant la noblesse de cœur à la laideur physique. LonChaney était passé maître dans l’art du grimage, et il est à noter que dans cette version, qui vient de sortir en cassette chez GCR, tous ses visages ne sont pas obtenus à l’aide de masques, mais par un travail direct sur la peau. «Le fantôme de l’Opéra» est l’un des films les plus coûteux de l’époque, et Universel n’hésite pas à construire entièrement une parfaite réplique de l’Opéra de Paris dans son plus imposant studio, le fameux Stage 28. Le film, terminé par le réalisateur Edward Sedgwick après le renvoi de Rupert Julian, sort en version muette fin 1925, mais le succès est tel qu’Universel’ décide d’y ajouter des dialogues, des effets sonores et de la musique.Freddy Ainsi parée, l’œuvre fait une deuxième sortie en 1930, et c’est de nouveau le triomphe. Le scénario est d’un exemplaire fidélité au roman de Leroux. La trame en est la suivante. Eric est un étrange personnage masqué qui vit retiré du monde, dans les catacombes sous l’Opéra de Paris. A son sujet, les avis sont partagés. Certains prétendent l’avoir vu rôder dans les coulisses, d’autres ne croient pas à son existence. Eric est amoureux en secret de Christine, une jeune ingénue dont la voix l’a charmé. Il s’est promis qu’un jour, elle deviendrait la prima donna. Pour hâter la carrière de celle qu’il aime, il n’hésite pas à terroriser le personnel de l’Opéra. Il profite d’une confusion qu’il a provoquée pour enlever la jeune fille et la conduire dans son repaire souterrain. Christine, mue par la curiosité, arrache brusquement le masque d’Eric. Elle découvre le visage complètement ravagé d’un cadavre… Pendant ce temps, une foule, conduite par Raoul, le fiancé de la jeune fille, et un détective, envahit les catacombes. Eric s’enfuit, mais est finalement rejoint sur l’un des ponts de la capitale. La foule le bat à mort et jette son corps dans la Seine. L’ambiguïté fondamentale de la personnalité d’Eric est l’un des atouts maîtres du roman de Gaston Leroux. Existe-t-il réellement? Si oui, qui est-il? Pourquoi a-t-il été défiguré ? La deuxième adaptation, réalisée en 1943 par Arthur Lubin avec Claude Rains dans le rôle principal, se contente de reprendre, presque plan par plan, la première version. Plus intéressante est la manière habile dont le grand Terence Fisher, réalisateur fétiche dans les années 60 de la firme anglaise Hammer, extrapole et explicite le script original. «Le fantôme de l’Opéra» est un compositeur génial, mais inconnu. Il vend sa musique à Ambrose, qui se l’approprie. Alors, furieux d’avoir été floué, Eric met le feu à l’imprimerie de musique, mais est grièvement brûlé aux mains et au visage. Cette pure invention de scénariste a le double avantage d’être rationnelle (pourquoi et comment Eric s’est retrouvé défiguré) et de plonger dans le diabolo mythique (l’auteur de musique qui vend ses partitions pour enfin être joué n’est pas sans rappeler Faust, qui marchande son âme à Satan en échange de la vie éternelle. Souvenez-vous de «La beauté du diable» avec Gérard Philipe). Cette interprétation nouvelle et éclairante va beaucoup servir à Brian de Palma pour son opéra-rock «Phantom of the paradise». Ce détournement roublard du «Fantôme de l’Opéra» suscite, quelques mois avant sa sortie en 1974, d’importants problèmes légaux avec l’Universal. En effet, la firme reprochait à de Palma l’utilisation sans autorisation du roman de Gaston Leroux. Après de nombreux pour parlers, un accord financier fut conclu et Universal retira sa plainte. Tous ces petits chichis juridiques n’enlèvent rien à la puissance électrochoc du film, qui remporte fort justement le grand prix du Festival d’Avoriaz en 1975. De Palma a su donner une dimension futuriste et une vision nouvelle à une histoire qui, par le flou savamment ménagé par Gaston Leroux, permet tous les virévoltâtes, toutes les interprétations. On peut tout imaginer quant au passé d’Eric le fantôme, donc pourquoi pas un pacte avec Satan, non? Depuis le premier film avec Lon Chaney, on peut noter une double évolution. Tout d’abord, l’intrigue tend vers le fantastique, non plus seulement à cause du cadre, l’Opéra, mais aussi, nous l’avons vu, par les explications de moins en moins pragmatiques sur la défiguration du héros. La dernière œuvre en date, avec Englund en vedette, tire carrément vers la réincarnation et l’horreur pure et dure. Mais l’autre direction, amorcée avec «Phantom of the paradise» tend vers l’importance de la musique, voire son omniprésence. Il est donc logique qu’en apothéose, «Le fantôme de l’Opéra» soit monté sur scène et présenté comme une comédie musicale à part entière. C’est chose faite depuis le 9 octobre 86, puisque «The phantom of the Opera» triomphe chaque soir au Her Majesty’s theatre de Londres. La musique est signée Andrew Lloyd Webber et les «lyrics» Charles Hart. Dans le livret, point d’ambiguïté : Eric vend son âme au diable. Mais quelle mise en scène! Quelle féerie! Normal que cet infernal «musical» fasse dans le même temps un tabac à Broadway. A quand ce bijou sur une scène parisienne? Pour bientôt, espérons, le. Mais une chose est sûre, entre le cinoche et la scène, on n’a pas fini d’entendre parler du «Fantôme de l’Opéra».

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Interview Sigourney Weaver


Sigourney WeaverElle est grande, elle est belle et elle est connue dans le monde entier. «Alien» puis «Aliens», «SOS fantômes 1 et 2» en ont fait L’actrice du fantastique. Au moment où «Gorilles dans la brume» (Warner) sort en vidéo, Sigourney Weaver se livre à nos appétits voraces. Interview à la tronçonneuse par Katryn Malvaes.

Comment avez-vous vécu l’expérience de «Gorilles dans la brume»?

Repasser sur les traces une femme aussi extraordinaire que Dian Fossey n’a pas été une entreprise facile. C’est une expérience qui, m’a beaucoup arquée, d’abord parce que le personnage n’avait rien de commun avec tout ce que j’avais pu jouer auparavant, en suite parce que, pour la première fois j’incarnais un personnage avant existé. El est très difficile, astreignant, frustrant même, de devoir rester fidèle à une vérité alors qu’en général le cinéma de fiction laisse une certaine liberté d’interprétation. Il a fallu que je m’adapte

Gros bras, séductrice,marginale, call-girl… Vous attendiez-vous à une carrière de ce type?

Pas du tout. En fait, je pensais plutôt faire une carrière théâtrale. Comme Meryl Streep, j’ai commencé à étudier l’art dramatique à l’université de Yale pour monter sur les scènes new-yorkaises off-Broadway. Je pensais que le théâtre était plus complet, plus enrichissant que le cinéma. C’est le hasard qui a voulu que Ridley Scott me remarque et me fasse confiance pour tenir le rôle viril d’un astronaute, Ripley, dans «Alien». Ensuite, j’ai enchaîné des rôles toujours physiques ou intenses, sans doute en raison de mon look. Je suis charpentée, brune, la mâchoire carrée… on m’imagine mal en femme fragile.

Être parfois surnommé «la Rambo féminine» vous gêne-t-il?

Non, je crois qu’au cinéma, comme dans la vie, d’ailleurs, il faut savoir se démarquer, ne surtout pas être banale. J’aime l’action et c’est pourquoi on m’offre souvent des rôles de mecs. Mais s’il est vrai que je ne cherche pas à m’enfermer dans cette image, je préfère encore être Miss Rambo dans un bon film plutôt qu’un personnage romantique dans une production sans couleur…

Comment une femme aussi séduisante que vous peut-elle avoir envie d’incarner Ripley, dans «Alien», à ses débuts?

Sigourney Weaver2

Ce personnage m’est apparu intéressant d’emblée par sa profondeur. En tant qu’actrice, je préfère les rôles qui donnent la priorité aux actions et aux idées, comme c’est le cas dans «Alien». Je ne me soucie pas trop, en réalité, de mon image personnelle. Ripley m’est tout de suite apparue comme une personne fascinante, un mélange de vulnérabilité humaine et de force. A travers elle, j’allais au-delà de moi. C’est rare de trouver des rôles féminins qui aient assez de consistances pour être de véritables héroïnes. D’ailleurs, c’est encore plus rare pour les personnages romantiques.

Vous en avez cependant incarné quelques-uns…

Oui, mais le charme n’était pas la finalité. Dans «L’année de tous les dangers», par exemple, le charme exprimé n’a rien de commun avec celui de «SOS fantômes», encore moins avec celui du film «Escort girl». Je m’imagine mal en sex-symbol parce que je suis plutôt du style copain que séductrice. Et de plus, je suis assez timide.

Vous choisissez des films à la croisée des genres,entre horreur et fantastique, entre espionnage et romance. Vous cherchez le réel dans l’irréel?

C’est curieux, mais j’ai l’impression de n’être bonne au cinéma que si je me fais très peur. Autrement dit, je dois accepter le danger. Les rôles que j’ai joués correspondent sans doute à ma personnalité en tant qu’actrice. Je suis quelqu’un d’assez contradictoire aussi. J’aime surtout le rire et l’humour, mais j’en joue avec ambiguïté, parce que le monde dans lequel on vit se prête difficilement à la franche rigolade. «SOS fantômes 2», l’air de rien, soulève la question de l’environnement que nous détruisons. D’autres films, dans lesquels j’ai joué, montraient aussi les horreurs de la guerre, même si, en toile de fond, il y avait une histoire d’amour. Et ça, c’est la réalité.

Avez-vous des souvenirs inquiétants de tournage, et d’«Alien» en particulier?

Il m’est arrivé, en effet, de me sentir réellement en danger lors des deux différents tournages d’«Alien». Personnellement, je ne supporte pas la vue des armeset,dans le film, il y a beaucoup de scènes de mitraille, d’explosion, de lutte, etc. Même si les armes utilisées sont fausses, les projectiles que l’on lance et qui volent dans les airs, eux, existent… et toutes les scènes ne sont pas doublées. Je me suis d’ailleurs blessée, dans «Aliens», en essayant de protéger la petite fille qui joue dans le film. D’ailleurs, «Aliens» a été plus dur à tourner, les moyens étaient plus limités et les répétitions quasi inexistantes. J’ai eu, en particulier, 48 heures très difficiles au moment du tournage de la scène où l’entrée de la grotte s’écroule sous les tirs des mitraillettes. Janet, qui joue le rôle d’un militaire femme, a eu très chaud à cause de quelques flammes pas bien contrôlées… Le danger était réel, et j’ai personnellement frôlé l’hystérie.

Comment êtes-vous rentrée dans la peau de Ripley?

Je travaillais constamment avec un cascadeur qui m’indiquait comment mettre chaque mouvement en évidence, comment brandir les armes — hyper lourdes — pour paraître -crédible. Par ailleurs, je faisais de la danse pour m’assouplir et bouger plus vite. Psychologiquement, j’ai fait un travail de concentration très intense. D’ailleurs, mon plus gros défaut, au cinéma, c’est de prendre trop au sérieux mes personnages. Si je me mets à confondre film et réalité, alors je cherche une vérité qui est souvent effrayante. Maintenant, j’apprends à m’en détacher, à penser à autre chose entre deux scènes.

Sigourney Weaver3Vous restez aussi attachée à chaque rôle?

Oui, c’est même sans doute pour cela que j’ai accepté d’être à nouveau Ripleypour «Aliens», et de donner une suite à «SOS fantômes». Ce ne sont pas des raisons commerciales qui m’y incitent — mais bel et bien parce que les personnages finissent par me manquer terriblement!

Vous vivez aussi votre propre vie dans l’irréel?

Non, ce n’est pas vraiment cela la raison qui me fait être possédée par mes personnages de films. Je mène très bien ma vie personnelle en dehors du cinéma. Mais disons que, à l’inverse, les personnages que je joue me collent à la peau à tel point que, les années passant, j’ai envie de les reprendre en leur faisant subir ma propre évolution. C’est d’ailleurs ce que James Cameron m’a laissé faire lors du deuxième «Alien». Entre les deux films, je me suis mariée, j’ai développé une autre vision du monde. J’avais besoin de jouer avec moins d’idéalisme, pour montrer la dureté du monde. Avec «SOS fantômes 2», c’est un peu la même chose. Il s’était passé des choses, en cinq ans!

Les choses de la vie?

Oui, sauf que pour moi le mariage a plutôt été une source d’étonnement extraordinaire. J’avoue que j’en avais un peu appréhendé l’idée mais ma plus grande surprise fut de constater à quel point un mariage peut s’avérer facile quand deux êtres sont faits pour vivre ensemble! Je ne ressens pas cette notion de concession, dont on parle tant et qui fait souvent l’échec de certains couples. Jim est très facile à vivre et accepte les aléas de ma carrière.

Comment trouvez-vous un nouveau frisson à chaque film?

Les deux «Aliens» (Ridley Scott puis James Cameron) sont, si l’on peut dire, des films d’horreur où la violence coexiste avec le suspense. «L’année de tous les dangers» (Peter Weir) et «L’œil du témoin» (Peter Yates) sont plutôt des films d’espionnage dans lesquels je suis une journaliste-reporter en danger. «SOS fantômes» (Yvan Reitman) mêle l’humour à l’horreur. Quant à «Gorilles dans la brume» (Michael Apted), l’histoire est à la fois sentimentale et tragique, dans une dimension un peu surréaliste. Mon parcours m’a, en effet, permis de retrouver le frisson à chaque fois parce que j’incarnais toujours un personnage capital, primordial, avec une réelle dimension pour la femme et pour l’actrice. Je ne suis jamais seulement sex-symbol ou guerrière, mais il y a toujours de l’action, des idées et un aspect sentimental. Quant à «Working girl» (Mike Nichois), il a fallu que je me mette dans la peau d’un personnage assez odieux et tyrannique, ce qui n’est pas vraiment dans ma nature, mais qui a suscité précisément mon intérêt. Ce personnage-là m’a permis de dénoncer un certain profil de femmes sans-scrupules, aux antipodes de ce que représentait Dian Fossey.

Quel a été votre tournage le plus difficile?

«Une femme ou deux», de Daniel Vigne. Parce que c’était une comédie et j’estime que c’est le genre le plus difficile. En plus, je ne connaissais pas bien les subtilités de la langue française et j’étais morte de trac de tourner avec une star comme Gérard Depardieu, sous la direction d’un réalisateur français. Le film n’a malheureusement pas eu le succès mérité, mais je ne regrette pas de l’avoir tourné parce que j’ai été au-delà de moi-même, encore une fois, dans une situation qui me ressemble si peu.

Comment peut-on ne pas ressembler à ses rôles?

Ce sont eux qui finissent par me ressembler, parce que quand je joue, je mets toujours de mon expérience, de ma sensibilité dans le personnage. L’intérêt du cinéma, c’est de pouvoir transposer un peu de sa personnalité dans des personnages qui ne sont pas soi. Il se crée une sorte d’osmose. L’intérêt aussi de jouer ce que l’on n’est pas, c’est de rendre réaliste ce qui ne l’est pas ou encore de créer une autre réalité. Pour l’actrice, c’est aussi l’occasion d’expérimenter un caractère extrême.

Sigourney Weaver4Vous êtes aussi agitée et passionnée que vos personnages?

Non, pas du tout, je suis une personne très calme. Je ne me suis jamais prise au sérieux. D’ailleurs, je vis dans une toute petite maison à New York, dans Manhattan, qui étonnerait tous ceux qui m’imaginent vivant dans une luxueuse maison. Je suis vraiment passionnée par tout ce que je fais, sans doute avec excès si l’on en juge par l’état de mon appartement. Mon mari (le metteur en scène de théâtre Jim Simpson) et moi vivons le plus souvent au milieu de bagages, de cartons, de jouets, d’instruments de musique dont nous faisons collection… et de crises de fous rires. Je suis un peu farfelu peut-être.

Comment combinez-vous cet humour qui vous caractérise et cette lucidité évidente sur ce qui est dramatique?

Parce que tout coexiste, j’essaie justement d’alterner les films fantastiques, dramatiques et comiques, tout comme j’aime alterner les premiers rôles et les seconds rôles. Le principal, à mon sens, c’est de pouvoir s’exprimer sur le registre le plus large possible. A quoi cela sert-il de faire toujours les mêmes personnages? Moi, j’aime les défis et les rôles très physiques. Je ne ferai pas un troisième «Alien», mais pourquoi pas un autre personnage dans un nouveau film de science-fiction ou d’horreur… avec une bonne histoire. On n’a jamais vraiment tout dit!

Quel réalisateur français aimez-vous ?

Bertrand Tavernier, il a un style tellement personnel. J’aimerais beaucoup tourner avec lui.

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Monster in the closet


Après avoir vu «Monster in the closet», édité ce mois-ci par UGC Vidéo, vous n’ouvrirez plus un placard (closet in english) ou une armoire sans avoir quelques sueurs froides, suivies d’un énorme éclat de rire. C’est la base de cette parodie de films d’horreur, aux multiples facettes, où angoisse et suspense riment avec burlesque et fantaisie. Un plaisir fantastique, dans tous les sens du terme…

Monster in the closetSi le fantastique a, depuis longtemps, son festival, ses classiques et ses monstres sacrés (c’est le cas de le dire), il faut bien constater que le département parodie compte plus de séries Z que de véritables petits chefs-d’œuvre. Il faut remonter à «Schlock» et, plus récemment, au «Bal des vampires» ou à «Galaxina» pour sentir monter le plaisir… entre nos deux oreilles. Heureusement, il y a une compagnie cinématographique américaine, spécialisée dans les séries B d’envergure, qui a su faire la part belle à ce genre dans le genre. C’est avec de gros moyens qu’elle a permis à ce «Monster in the closet» de voir le jour et de devenir une série A, dévastatrice à souhait. Nous n’avions pas pris un tel plaisir depuis le «Beetlejuice» (Warner) de Tim Burton (Coup de cœur de novembre). Faisons tout de suite un (mauvais) sort à l’histoire. La petite ville universitaire de ChestnutHills, près de San Francisco, vit dans la terreur. Une série de meurtres étranges a eu lieu dans… des placards. Richard, un journaliste local, convainc son patron de faire une enquête sur l’affaire, qui prend en quelques jours d’importantes et sanglantes proportions. Dans le même temps, l’excentrique Dr Pennyworth et Diane, le professeur de biologie, tentent de faire comprendre au shérif Ketchum que c’est un monstre venu d’un autre monde qui perpétue ces crimes. La créature apparaît enfin, et l’armée intervient sans succès avant de faire évacuer la ville. Seuls Richard et Diane restent pour tenter d’exterminer le monstre qui ne menace rien moins que l’ensemble de la planète… Cette histoire à la structure classique laisse libre cours au pastiche et c’est un véritable catalogue de références (personnages, situations, dialogues, etc.), puisées dans le cinéma fantastique des années 50-60, auquel on a droit. En vrac, le monstre évoque tour à tour Godzilla, la créature du lac noir et même King Kong ; le couple héros a tous les tics de Clark Kent-Lois Lane dans «Superman»; le savant fou (la tronche d’Einstein) veut entrer en communication avec l’«être différent» comme dans toutes les séries B; le prêtre est toujours prêt à brandir le crucifix comme une ultime protection; le chef de l’armée, violent et patriote, ne pense qu’à exterminer la bête, etc. On passerait un bon moment à évoquer toutes les parodies de scènes historiques, de la mythique et hitchcockienne séquence de la douche jusqu’à la prise «en main» amoureuse par le monstre (serait-ce une femelle?), du héros, à la mode King Kong, en passant par la transposition du fameux orgue de Spielberg, dans «Rencontres du troisième type», en xylophone. Le résultat, c’est une avalanche de gags où l’absurde et le non-sens règnent en maîtres. Dans ce contexte, les acteurs s’en donnent à cœur joie. En dehors de l’illustre John Carradine («Cléopâtre», «La chevauchée fantastique », «Les dix commandements», «L’homme qui tua Liberty Valance»), on retrouve quelques-uns des meilleurs seconds rôles du cinéma et des séries TV comme Howard Duff, Claude Akins et Donald Moffat. C’est Bob Dahlin qui dirige tout ce petit monde avec brio. Il a travaillé comme assistant-réalisateur de grands noms du cinéma comme Robert Altman, Jonathan Demme, Tony Richardson, Richard Lester ou Richard Brooks. Il signe là son premier long métrage en ayant fait preuve, dès l’écriture du scénario, d’une connaissance profonde du sujet et d’un sens inné de l’exploitation humoristique. Les effets spéciaux sont eux aussi très soignés et l’on sent que ce film n’a pas été fait avec des bouts de chandelle. Que dire encore si vous n’êtes pas convaincus? Ecoutez très vite les émissions de Skyrock, qui font la part belle à ce Coup de cœur à savourer d’urgence. Une dernière chose, fermez bien vos placards avant de visionner cette cassette. On ne sait jamais…

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Le crime d’Antoine


Le crime d'AntoineMauvais coup de foudre : Antoine a perdu accidentellement sa jeune femme, Léa, le soir même de leurs noces. A la suite d’une petite annonce dans le Nouvel Obs, il rencontre une autre Léa : même prénom, même âge, même voix, même physique… Nouveau coup de foudre, bénéfique cette fois. En apparence. Car Léa n° 2 cache un mystère. Elle apparaît, disparaît, semble effrayée. Elle est surveillée, manipulée par un méchant antiquaire (Jacques Weber). Y’a de la machination dans l’air… Ce scénario captivant, tiré d’un roman de Dominique Roulet («L’inspecteur Lavardin»), est très astucieusement mis en scène par Marc Rivière, dont c’est l’attachant premier film. La trouvaille des ballons est digne d’Alfred Hitchcock ! Aussi convaincant en acteur qu’en chanteur, Tom Novembre est un Antoine aussi touchant que lunaire, et quant à Catherine Wilkening, en Léa vulnérable et ambiguë, elle confirme ses promesses de «Mon bel amour ma déchirure». Un deuxième film signé Marc Rivière serait le bienvenu…

Kinjite, sujet tabou

Kinjite, sujet tabouUn Charles Bronson tel qu’on le découvre depuis des années. Violent, expéditif et efficace. Mais «Kinjite» réserve tout de même quelques surprises. Avec J. Lee Thompson, Charlie le «zigouilleur de salopards», le «nettoyeur des grandes villes américaines» a souvent tourné : «Le justicier de minuit», «L’enfer de la violence», etc. Cette fois, Bronson le flic n’aime pas les Asiatiques. Mais il est chargé de retrouver la fille d’un homme d’affaires japonais enlevée par un proxénète de Los Angeles. Dans son enquête, le policier, aux méthodes assez expéditives (il faut respecter le mythe «Justicier dans la ville» !), va se heurter à la loi du silence. Car, dans la société japonaise, tout ce qui concerne viol et prostitution est kinjite : sujet tabou. J. Lee Thompson est un très habile artisan. Il sait mettre en place des scènes d’action violentes et nerveuses. Et il parvient à nous tenir en haleine avec une intrigue solide en suspense. On regarde donc «Kinjite, sujet tabou» comme un bon polar, un efficace thriller. De plus, Charles Bronson y est un personnage plus subtil que dans ses précédents films.

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Cocoon 2


«Cocoon 2» n’est pas aussi réussi que le précédent. Mais succès oblige… Ils sont de retour sur terre pour ce qu’ils croient être un bref séjour. Cinq années ont passé depuis que les joyeux vieillards se sont envolés vers la planète Antarès. Ils goûtent à l’immortalité et ont recouvré la vigueur de leur vingt ans, mais leur famille, leurs amis et la vie sur terre leur manquent cruellement ! Ils profitent donc d’une mission des Antariens pour revenir quatre jours sur notre bonne vieille planète.Cocoon 2 Alors que le film de Ron Howard était revigorant, optimiste, drôle et tonique, cette suite, signée pourtant par l’habile Daniel Petrie, est d’une insondable tristesse, déprimante et nostalgique. Cependant, les «vieilles» stars, toujours aussi « craquantes», sont à nouveau au rendez-vous : Don Ameche (que l’on a revu dans «Parrain d’un jour»), Wilford Brimley et Maureen Stapleton, Hume Cronyn et Jessica Tandy (revus ensemble dans « Miracle dans la 8e Rue»), Elaine Stritch («Providence» de Resnais ou «September» de Woody Allen), etc. Pour eux, pour leur cabotinage génial, pour le souvenir des splendeurs hollywoodiennes qu’ils font revivre, «Cocoon 2» vaut tout de même le détour !

Fair game

Trudie Styler est, à la ville, Mme Sting (ce qui signifie morsure/piqûre). Au cinéma, elle risque de devenir Mme Serpent, car, dans «Fair game», thriller en huis clos, elle a pour principal partenaire un mamba mortel. Une femme, prisonnière dans son appartement avec un très venimeux mamba, doit se livrer à un face-à-face mortel organisé par un mari jaloux et ne supportant pas d’être quitté ! Comédienne de télévision et de théâtre (notamment au sein de la Royal Shakespeare company), Trudie Styler est actrice depuis douze ans. On devrait d’ailleurs bientôt la voir en maîtresse de Modigliani/Richard Berry dans «Maudit», réalisé par Franco Taviani.Fair game Le film joue sur notre peur panique des serpents. Et la mise en scène de Mario Orfini (malgré un usage un peu abusif des plans subjectifs) fait tout pour nous donner la chair de poule. La plus grande partie du film se passe dans le loft de la jeune femme, que la caméra investit avec un séduisant parti pris esthétique et expressionniste. Le récit se réduit un peu à «le serpent veut mordre la dame». Premier temps : la dame n’a pas conscience du danger. Seconde période : elle panique. Troisième partie : elle organise le combat… Mais tous ceux qui n’aiment pas les reptiles — et même les autres — vont passer une heure trente à bondir de trouille sur leur fauteuil.

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Willow


Depuis «La guerre des étoiles», il n’a pas réalisé un seul film. Pourtant, plus que jamais, le magicien Lucas crée des univers de cinéma féeriques et épiques. Et, plus que Ron Howard, Lucas semble le véritable auteur de «Willow».Willow Il est le responsable des effets spéciaux, le producteur, le scénariste et l’auteur du sujet original. Ron Howard, jeune comédien qui tourna «American graffiti» sous la direction de Lucas, est devenu un jeune réalisateur très coté («Splash» ou «Cocoon»). Mais dans cette quête initiatique d’un nain et d’un jeune chevalier au pays des sorciers, il a mis son savoir-faire au service de la fascination de Lucas pour les folklores et les mythologies. Les réminiscences qui ponctuent «Willow» Moïse, Cendrillon, l’Odyssée et Circée (pour la transformation d’une armée en porcs), le «Voleur de Bagdad», Peter Pan. «Les voyages de Gulliver», les contes de Perrault, «Le magicien d’Oz», les jeux de stratégie style «Donjons et dragons» ou encore «Le seigneur des anneaux» de Tolkien.«Willow» a su trouver son originalité dans la poésie naïve, l’humour et les effets spéciaux hyper sophistiqués. Il faut voir dans une même image des personnages de quatre tailles différentes (du lilliputien au géant). On est vraiment au spectacle !

Dr Jekyllet Mr Hyde

Dr Jekyll et Mr HydeGérard Kikoïne, grand spécialiste du cinéma érotique («Lady Libertine»), a réalisé quelques films aux États-Unis «Dragonard» (sorti chez Warner Home Vidéo) ou encore ce redoutable «Dr Jekyll et MT Hyde». Prisonnier de son personnage de «Psychose», Anthony Perkins continue dans l’épouvante. Et là, Alfred Hitchcock n’est plus là pour limiter les dégâts. Il n’y a pas de directeur d’acteurs sur le plateau de «Dr Jekyll et Mr Hyde» pour empêcher le pauvre Anthony Perkins d’accumuler les grimaces et le surjeu psychotique. Il y a eu quarante versions cinéma et TV de l’histoire de Stevenson. Le rôle a été joué par des comédiens fantastiques : Fredric March, Spencer Tracy ou encore Kirk Douglas, qui fut un Dr Jekyll et Mr Hyde de comédie musicale ! Et donc faire du nouveau n’était pas face, mais là… L’idée de Kikoine était intéressante : Jekyll se dame lui-même par ses expériences de drogue,il est responsable de son malheur. Mais cette idée n’est pas vraiment exploitée. Autour de sa vedette tout occupée à passer de Jekyll en Hyde. Kikoine construit un Grand-Guignol coloré et expressionniste visuellement séduisant, mais frisant souvent le ridicule.

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Futur immédiat


Futur immédiatImaginer que, dans un futur proche, 300 000 extra-terrestres (baptisés les «arrivants»)débarquent sur terre et s’intègrent parfaitement à la société. Les « aliens » et autres «monstres venus de l’espace» ont fini par être acceptés (un peu contrecœur tout de même) par les terriens. La cohabitation est harmonieuse ou presque… Ce postulat — jusqu’à présent fantastique — semble un peu une allégorie sur la colonisation imperceptible que subissent actuellement les grands pays occidentaux. On sent très bien que ce film traité à la fois des préjugés racistes et que ces «nouveaux venus» sont un peu les boat-people de l’espace. Mais Graham Bakersa délaissé la science-fiction pour le policier. Un flic bien de chez nous, cynique et dur à cuir (James Caan), et un «arrivant» font équipe pour enquêter sur une étrange suite de meurtres d’«arrivants» et mettre ci jour une sombre machination à laquelle est mêlé un riche et puissant industriel, lui-même «arrivant». Le polar est rondement mené. L’arrière-plan de science-fiction est sans grand intérêt et les maquillages d’«arrivants» sont, quant à eux, très peu convaincants.

Batman

Rien à voir avec le film de Tim Burton ! Ce « Batman » là est le petit frère cinéma de la série TV que diffuse actuellement FFi3. On y retrouve les mêmes interprètes que dans la série puis qu’il s’agit, plus ou moins, du remontage de quatre épisodes du feuilleton. Aidé de sa cape ailée et de Robin, son assistant, Batman vole au secours de tous ceux qui se trouvent en danger. Il en profite pour affronter quatre mauvais génies du crime qui s’ingénient à lui mettre des bâtons dans les roues la femme Chat, le Joker, le Pingouin et le Sphinx.Batman Le résultat ne vole pas très haut, mais n’a pas l’ambiguïté déplaisante du nouveau «Batman». Le film s’assume comme série B naïve et fauchée et divertit fort agréablement. Leslie Martinson donne -à ses aventures de « Batman » une dimension satirique vis-à-vis de l’American way of life et parodie allègrement les «James Bond» et autres films d’espionnage à gadgets. De plus, ce film est là pour nous prouver qu’il y a plus de vingt ans, on nous avait déjà fait le coup de la batmania. Dans le film, on trouve la Batmobile, le Batcoptère, le Batsignal, la Batcorde et la Batpoudre…

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Hand of death


Hand of deathVéritable cousin du célèbre héros de la saga des «Vendredis 13» (Jason), le monstrueux Jackson dissimule son visage hideux derrière un masque de hockey pour accomplir son destin de tueur. Six crimes dans une seule soirée suffisent à le mettre en train pour le reste de la nuit. Mais quand il commence épargner ses victimes, il à la fâcheuse habitude d’en tomber amoureux. Un comble ! Sa passion pour la poésie de Lord Byron le pousse à résister à ses instincts criminels pour sombrer dans les yeux de sa belle. Mais celle-ci ne voit pas les choses du même œil… En compétition au dernier Festival d’Avoriaz, le second film d’Anders Palm réussit le tour de force de mêler poésie et horreur dans un même sujet. Même si les caractéristiques du héros sont particulièrement surprenantes, le film n’est jamais grotesque. Il rivalise avec les meilleures productions du genre. A voir…

Les nouvelles histoires fantastiques

Quatre épisodes d’une super série TV inédite sur nos petits écrans et qui est le «bébé» de Steven Spielberg. Les trois premiers épisodes de ladite série étaient sortis sous le titre «Histoires fantastiques» au cinéma, puis en vidéo. Ces quatre «Nouvelles histoires fantastiques» nous arrivent directement en vidéo. «Lucy», par Nick Castle, ou un écrivain est aidé par sa plante ; «Samedi magique», de Robert Markowitz, où un grand-père et son petit-fils échangent leur corps ; «Vous avez intérêt à me croire», de Kevin Reynolds, où un homme rêve une catastrophe aérienne qu’il tente d’empêcher ; et enfin, «Nuit de Noël» avec un père Noël arrête comme meurtrier. L’intérêt de cette série est que les scénarios sont travaillés (signés Matheson ou Spielberg) et que la réalisation est confiée à des cinéastes, plus ou moins jeunes, qui se sont fait remarquer au cinéma : Nick Castle («Starfighter»), Robert Markowitz («Voices»), Kevin Reynolds («La bête de guerre») et Philip Joanou «U2 rattle and hum»).

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