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L’alchimie des cassettes


Les industriels conservent jalousement leurs secrets de fabrication (composition des émulsions), mais la marche à suivre reste la même pour tous les types de cassettes. La bande magnétique se compose en effet de trois éléments essentiels : le polyester étiré, l’émulsion d’oxydes magnétiques et le liant (dispersant, solvant, résine…). Dans un premier temps, des machines mélangent les oxydes et les liants. Ensuite, le polyester est étiré et recouvert d’une couche de pâte magnétique. Visqueuse, la bande passe dans un champ magnétique destiné à orienter les particules d’oxyde dans la même direction. La bande est ensuite séchée puis calandrée, opération au cours de laquelle sont éliminées les excroissances de surface susceptible de provoquer des pertes de niveau lors de l’enregistrement. La bande est alors prête à être découpée pour prendre place dans des boîtiers fabriqués selon le principe du moulage à injection. Le calibrage du boîtier doit être très précis afin que le galet de guidage ne vienne pas griffer la bande en cours d’utilisation.

cassettesQuelle catégorie choisir ?

Le choix s’avère difficile d’autant que l’appellation est laissée au libre arbitre du fabricant. Dans bien des cas, une cassette standard d’une certaine marque donnera d’aussi bons résultats qu’une High Grade d’une autre marque.

Les Standard

Ce sont les moins onéreuses, mais pas forcément les moins performantes. Elles sont désignées par les lettres HR (High Résolution), QG (Quality Grade), HO (High Quality), DX, EQ (Extra Quality), PG (Premium Grade), ou par les vocables «Standard», «Regular»… Elles enregistrent correctement, conservent tout aussi bien, mais ne permettent pas d’effectuer de nombreux réenregistrements. Les High Grade on peut distinguer les High Grade et les Super ou Extra High Grade, souvent désignées par les lettres XHG ou EXG. Elles permettent de faire plusieurs enregistrements successifs et offrent une conservation plus longue. Elles sont également moins sujettes aux «drop-out».

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La guerre des bandes


Une douzaine de marques se partagent un vaste marché en expansion constante pour une fois, les Européens font mieux « que se défendre ». A qualité (presque) égale, comment faire le bon choix pour enregistrer «Sacrée soirée» ou «Le docteur Jivego»? Visite guidée signée Christophe Perrier. Si toutes les cassettes vidéo ont la même fonction (enregistrer et lire), leurs qualités ne sont pas identiques et elles réagissent parfois différemment à l’épreuve du temps. Une bande vidéo est constituée d’un support en polyester enduit de particules métalliques qui sont magnétisées pour passer devant les têtes audio-vidéo du magnétoscope. Ces particules sont uniformément dispersées au moyen d’un liant.

Différents composants pour différentes cassettes

Il existe quatre types de cassettes vidéo auxquels il convient maintenant d’ajouter les S-VHS et les 8 mm Hi-Band.

Les cassettes au chrome :

elles donnent de bons résultats. La couche magnétique qui les compose est de couleur noire et les cristaux aciculaires (c’est-à-dire cristallisés en fines aiguilles) relativement petits.

Les cassettes Super Avilyn :

la couche magnétique est composée de très fines particules qui sont des ions de cobalt. Les résultats obtenus sont excellents et la stabilité magnétique de ces bandes n’est plus à démontrer.

Les cassettes Béridox :

La couche magnétique est semblable à celle des Super Avilyn, mais les fines particules qui y sont introduites ont une structure intermédiaire entre l’oxyde de fer et l’hématite classique. Elles bénéficient d’une bonne stabilité magnétique et la finesse des oxydes prévient l’usure des bandes. .

Les cassettes à métal évaporé (Metal Powder) :

réservées au format 8 mm, ces bandes utilisent un procédé de dépôt des oxydes par évaporation. L’enduction et la répartition des particules se font de façon uniforme.

Les cassettes S-VHS et 8 mm Hi-Band :

l’amélioration des formats vidéo a conduit les fabricants à «doper» les bandes, pour leur permettre d’absorber plus d’informations. Pour jouer avec la petite taille des cassettes 8 ,mm, Sony a mis au point, pour sa nouvelle bande Hi-8 Métal P, des particules métalliques encore plus fines (un tiers plus petites que celles habituellement utilisées). Elles ont, de plus, une forme allongée et sont disposées en diagonale. Le signal vidéo gagne ainsi 3 dB par rapport à une bande métal standard.

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Le degré d’horreur


horreurDepuis les débuts du fantastique, autant dire que, depuis l’éclosion du cinéma, il y a eu une escalade dans la peur, dans l’épouvante. Chaque nouvelle génération apportait des images qui suscitaient des commentaires ébahis, du genre «On ne pourra jamais rien montrer de plus horrible sur un écran». Voir le slogan du fameux «Blood feast», acte de naissance du gore au début des années 60 : «Le film d’horreur qui met un point final à tous les films d’horreur.» La suite a montré qu’en la matière il n’y a jamais que des points de suspension. De fait, la surenchère dans l’horreur n’a jamais connu de pause et, dans ce sens, les années 80 furent les années gore. Mais contrairement à ce qu’on pense parfois, le gore n’est pas un genre de film, c’est un état d’esprit, comme le rock en musique, comme le libertinage en érotisme. Il y avait quelques fractions de seconde gore dans les films anglais de la Hammer, il y en a quelques minutes dans des productions des années 70, davantage aujourd’hui — tandis que, parallèlement, c’est essentiellement le sujet de certains films quasi-clandestins depuis les légendaires incunables de Herschell Gordon Lewis, «Bloodfeast» et autre «2000 maniacs». Aujourd’hui, même chez les plus importants et les plus prestigieux, le gore est devenu un ingrédient comme un autre. L’«accouchement» monstrueux de John Hurt dans «Alien», le meurtre au rasoir d’Angie Dickinson dans «Pulsions», la main arrachée de «Mad Max» ou les doigts» coupés de «Mad Max 2», les sanguinolentes mutations de «The thing», l’horrible métamorphose de «La mouche» comme la morbide boucherie chirurgicale de «Faux semblants» : autant de morceaux de bravoure qui surprennent et traumatisent le spectateur de films d’auteur, pas forcément habitué aux folies de l’épouvante. C’est qu’il y a désormais un pourcentage d’hémoglobine dans n’importe quel film de la galaxie fantasticoïde, comme on parle ailleurs de pourcentage de matières grasses. Et certains ne se privent pas de cultiver le cent pour cent — ou plutôt le «sang pour sang» comme dit le titre français de l’excellent «Blood simple». Ce ne sont plus des ruisseaux, ce sont des fleuves rouges, des Niagara écarlates… Le tout-gore s’est imposé avec la complicité du rire, accouchant d’un sous-genre, comme on dit aujourd’hui, tant l’arbre de l’horreur a nourri de répugnants bourgeons. La descendance est vivace des «Nuits des morts vivants» et autre «Zombie» signés Romero. L’Italien Lucio Fulci a réalisé «Frayeurs» puis «L’éventreur de New York» (1982). Le tout jeune Sam Raimi nous laisse pantois avec son «Evil dead» (1984 La série «Freddy» est farcie de gags et de gore, et avec elle on franchit un nouveau degré : c’est cet épouvantail, ce croquemitaine pour enfants pas sages des années 80, qui devient le véritable, héros. Simple assassin sadique au début (il ne figure même pas dans le titre des «Griffes de la nuit»), il prend bientôt la dimension d’une véritable idole des teenagers. Puis ce sera le délire hystérico cocasse de «Re-animator» (1985), un de ces films-cultes qui lance une nouvelle compagnie, l’Empire de Charles Band, avec une résurrection spectaculaire du Grand-Guignol de nos grands-pères, de la même façon que son savant fou de héros -ressuscite les cadavres à l’aide d’une potion magique à sa façon. Dans la foulée, le monstre verdâtre et pustuleux de «Toxic avenger» (1985), de la firme Troma, n’est pas mal non plus… Il faut dire qu’il est tombé dans un tonneau de déchets radioactifs ! Encore plus drôle : le monstre surgi du placard de «Monster in the closet». .En revanche, Frank Henenlotter est un auteur dont les fantasmes goresques recoupent des hantises dérangeantes, comme le handicap dans «Frère de sang» ou la drogue dans «Emer, le remue-méninges». Le rire grince, il est loin de celui qui plébiscitait «Le bal des vampires» : il ne raille plus le fantastique, il l’accompagne dans ses délires. Voilà donc où nous en sommes. Le fantastique est-il à bout de souffle ? Il n’est pas absurde, aujourd’hui, de se poser cette question, qui n’est pas forcément péjorative, car on peut toujours reprendre son souffle. Mais les faits sont là : comme on vient de le voir, le fantastique a été propulsé par un quadruple essor. Il en est deux qui ont leurs limites. On ne peut battre sans arrêt de nouveaux records de budgets, pas plus qu’on ne peut surenchérir perpétuellement sur les images horribles. Ce qui ne signifie pas qu’il faille, à rebours, sacrifier à la psychologie qui a tué le fantastique des années 30 ! Tant qu’il y aura des auteurs qui se passionneront pour ce cinéma, il n’y aura pas de raison de désespérer. Plus inquiétante est l’absence d’une véritable relève inter: nationale, le rétrécissement du fantastique comme spécialité made in USA. L’expansion du cinéma australien a été un phénomène sans lendemain des années 70. L’Italie piétine entre Dario Argento et Lucio Fulci, preneurs de train en marche et fabricants d’ersatz. L’Angleterre, si florissante naguère, a cru voir le signe d’une renaissance avec «Hell raiser», dont le second volet a déçu. La France reste le domaine des tentatives sporadiques, celles de Mocky («Litan»), de Francis Leroi («Le démon dans l’île»), ou de René Chateau («Les prédateurs de la nuit»). Quant à l’hégémonie américaine, la stéréotypie provoquée par le marché teenagers cantonne l’originalité chez les indépendants. Il serait cependant paradoxal que le fantastique soit victime de son propre succès. Le genre a prouvé dans le passé qu’il était capable de rebondir constamment et qu’il lui fallait passer par une période de décadence avant de connaître une nouvelle renaissance. S’il devient difficile d’épater à coups de FX un public désormais blasé dès le plus jeune âge, et aléatoire de battre les records commerciaux de Spielberg et consorts, il y a sûrement, dans le monde entier, des cinéastes en herbe qui rêvent de fantastiques horreurs… Bienvenue à leurs cauchemars !

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Le niveau de créativité


créativitéUn film de série, c’est aussi un film tourné en série. Alors, bien sûr, il y eut des auteurs inspirés dans le fantastique, de Tod Browning à Terence Fisher, mais aussi (surtout ?) de longues cohortes d’excellents artisans qui s’employèrent à appliquer des recettes et à perpétuer des stéréotypes. La nouveauté des années 70, confirmée et confortée dans les années 80, fut l’apparition d’auteurs personnels, volontiers agressifs et provocateurs, tempérée parallèlement par le «recentrage» du fantastique sur le marché désormais le plus lucratif : celui des adolescents. Après avoir bousculé toutes les règles avec son «Massacre à la tronçonneuse» en 1975, Tobe Hooper est récupéré par l’industrie quand il réalise «Poltergeist» et autre «Massacre dans le train fantôme». Même chose pour George Romero, auteur de l’inoubliable et flamboyante «Nuit des morts vivants» en 1968, qui participe désormais aux «Creep show» de consommation courante. Quant à WesCraven, après nous avoir horrifiés avec sa «Dernière maison sur la gauche» ou «La colline a des yeux», il devient l’instigateur de la saga de Freddy avant de donner dans le vaudou des familles («L’emprise des ténèbres»). Ainsi va le commerce qui rentabilise les talents des donneurs de frissons, mais en les dépouillant au passage de tout leur potentiel de malaise. Un phénomène qui va dans le sens de cette édulcoration, de cette banalisation par accoutumance progressive, c’est la loi des séries. On retrouve alors un équivalent sur grand écran des feuilletons TV, terrain encore interdit pour l’horreur. A mesure que se multiplient les épisodes de «Vendredi 13» (démarrage en 1981), où les moniteurs d’un camp de vacances se font invariablement trucider, ou de «Freddy» (un peu plus tard, en 1984), où ce sont des adolescents que persécute un maniaque mort, mais vivant dans leurs rêves, l’originalité s’estompe — il y aura même, bientôt, une série TV qui contera les horribles exploits de Freddy. Il y a, bien sûr, ces cinéastes de prestige qui ont déjà acquis une célébrité internationale et qui apportent leur réputation au fantastique sans qu’on’ sache si c’est celui-ci qui profite d’eux ou eux qui profitent de lui : Ridley Scott («Alien» ou «Blade runner») et Stanley Kubrick («Shining») en sont les prototypes parfaits. D’autres, qui se sont révélés et épanouis dans le fantastique, y évoluent comme des poissons dans l’eau. Citons David Cronenberg, qui se fit remarquer naguère avec un «Parasite murders» bourré de scènes-chocs : il a touché le plus large public avec «The fly» en 1986 puis «Faux semblants» en 1989, films qui comportent pourtant des scènes purement horrifiques, jadis in concevables. Ou bien David Lynch, passé de la production artisanale et de l’inspiration cauchemardesque de «Eraser head» au luxe démesuré de «Dune» pour aboutir à l’insolite glacé de «Blue velvet» — dont beaucoup ont contesté, lors de son grand prix d’Avoriaz, la qualité fantastique. Oui mais voilà, pour paraphraser une mémorable sentence de Luc Moullet : je ne sais pas si «Blue velvet» c’est du fantastique, mais je sais que c’est diablement intéressant, et si ce n’est pas du fantastique, alors c’est le fantastique qui n’est pas intéressant. Et toc ! Il y a encore ceux qui, sans renier leurs exploits, s’en écartent progressivement pour passer à d’autres domaines — voir le cas de Brian De Palma, qui a glissé imperceptiblement au polar puis au film de guerre. D’autres enfin, le Diable en soit loué, qui se distingue en restaurant l’esprit originel et qu’on peut définir par un concept qui a désormais acquis ses lettres de noblesse, et même un prix décerné chaque année à Paris : le cinéma très spécial. A l’instar de l’Américain David Lynch ou du cosmopolite Alexandro Jodorowsky, l’Espagnol Bigas Luna est de ceux-là quand il tourne «Anguish» (1987), délirante histoire d’un tueur maniaque, collectionneur d’yeux humains, et de son émule qui fait régner la terreur dans un cinéma. Comme l’Anglais Clive Barker, écrivain déjà réputé et réalisateur de «Hell raiser/Le pacte» (1986). Comme le Français Jérôme Boivin dont le chien méchant de. «Baxter» (1989) fit grincer tant de dents… Insolite, ironique, iconoclaste, irrévérencieux, bref, en marge des sentiers battus de la culture sclérosée comme des grosses machines forcément édulcorées, le film très spécial nous ouvre de terrifiants horizons. N’est-il pas, au fond, l’héritier des provocations surréalistes d’avant-guerre, en même temps que le grand frère des cancres infernaux de la classe fantastique : les petits gores. Nous y voilà : ça va saigner.

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La nature de l’inspiration


A première vue, on pourrait dire que l’agonie du gothique, dans la première moitié des années 70, a laissé la place libre aux sources d’inspiration d’un fantastique moderne. Aux traditions du folklore, les cinéastes ont substitué des préoccupations plus contemporaines. La réalité est beaucoup plus nuancée. Agonie, d’abord, c’est vite dit. Le folklore subsiste, et les vieux monstres apparus dans les années 30, momies, loups-garous ou créatures de Frankenstein, -ont la vie dure : voir «Waxwork», «Le loup-garou de Londres» ou «La promise». Le sacré ancestral et millénaire est toujours présent ; seule différence il surgit désormais dans la vie quotidienne. Les esprits des maisons hantées sont maintenant étudiés avec toute la rigueur scientifique qui convient, comme dans «L’emprise» de Sidney Furie. Si l’écrivain de «House» a des hallucinations, ce sont des souvenirs de la guerre du Vietnam. Quant aux dangereuses apparitions de «Prison», elles suintent des murs d’un pénitencier, occasion de traiter sur le mode de l’épouvante du vieux sujet de la peine de mort et de la chaise électrique. Les loups féroces envahissant le Bronx de New York dans «Wolfen», les chauves-souris du Nouveau-Mexique dans «Morsures», l’envoûtement maléfique du «Faiseur d’épouvantes» et les divers esprits frappeurs de «Poltergeist» (1982, en attendant la suite) ont quelque chose en commun : ils attestent la résurgence en plein 20e siècle finissant des antiques superstitions de ces premiers occupants du Nouveau-Monde, les Indiens. Une façon peut-être d’exorciser une culpabilité latente de la nation américaine : dans «Cimetière», adaptation par Mary Lambert du roman de Stephen King, c’est encore d’un vieux cimetière indien que jaillira l’horreur. Stephen King est assurément, dans cette optique-là, le grand homme de la décennie : il s’est fait une spécialité de la projection dans l’univers le plus familier des peurs les plus traditionnelles. C’est chez monsieur Tout-le-Monde qu’on rencontre le loup-garou de «Peur bleue», et «Les vampires de Salem» constituent la plus paisible des communautés de la Nouvelle-Angleterre. Il faut dire que le vampirisme est un cas à part, qui traverse toutes les modes à condition de ne pas être relégué dans sa terre natale, les Carpates. David Bowie et Catherine Deneuve, chic riverains de Manhattan dans «Les prédateurs», les voyous écumant les snacks et les motels de «Near dark», les danseuses d’une boîte de nuit de «Vamp», les adolescents californiens de «Lost generation», les voisins vaguement farouches de «Vampire, vous avez dit vampire ?», je, tu, il, elle, nous sommes tous des vampires… Pas étonnant si Nicolas Cage, le héros de «Embrasse-moi, vampire», un des musts du Festival d’Avoriaz 90, se prend lui-même pour un des «enfants de la nuit» chers au comte Dracula. A la faveur des années 70, ont avait cru remiser au grenier de la superstition ces antiques malédictions, balayées par une vague écologique plus ou moins militante (à la «Soleil vert»). Dans les années 80, la hantise de la pollution demeure à travers les invasions de bestioles diverses («Alligator» ou «Piranha 2») et la terreur de la bombe est le prétexte à la description d’apocalypses nucléaires comme «Le jour d’après» (1984) et «Le dernier testament» (1984). Et après la catastrophe, ce n’est pas mieux : quel cauchemar de survivre dans le monde de «Mad Max», n° 1, 2 ou 3, de «Baffle-truck» ou «Quiet earth» (venus de cette Nouvelle-Zélande très sensibilisée sur la question) ! A Avoriaz 90, nous avons encore droit à un suspense échevelé autour de l’imminence de l’arrivée des missiles sur Los Angeles, titre «Miracle mile» (1989). Sur un plan plus individuel, et recoupant la hantise vampirique fondée sur la peur de l’épidémie, on a vu se répandre la terreur organique — annoncée dès «Alien», le film-phare de cette décennie, confirmée par l’impact de «La mouche» et des autres films de David Cronenberg — qui, serait-ce un hasard, coïncide avec cet autre phénomène des années 80, la propagation du Sida. Enfin, la sophistication technologique de notre société incite les cinéastes à reprendre un thème fondateur de la science-fiction la révolte, la déviation insidieuse des objets destinés à faciliter la vie courante. Les appareils domestiques se dérèglent et s’affolent dans «Le démon dans l’île» de Francis Leroi, les ascenseurs capturent leurs passagers dans «The lift» (1984) comme dans «Out of order» (1984). Les ordinateurs domestiques sont les vedettes de «War games» ou «Electric dreams» (1985), les téléviseurs et magnétoscopes du troublant «Vidéodrome». Quant aux robots de «Terminator» comme de «Robocop» (1987), ils symbolisent cette folie des expérimentations qui ne tiennent aucun compte du facteur humain, que ce soit la chirurgie («Looker») ou les manipulations génétiques («Scanners»). Mais l’époque n’est pas seulement celle d’une crise de société universelle où la montée d’une certaine folie de la violence se traduit par l’insécurité croissante, par la multiplication des attentats terroristes comme par des flambées de hooliganisme, le tout baignant parfois dans un retour de l’irrationnel viscéral qu’on croyait oublier depuis les temps troublés du Dr Mabuse. Les assassins, de préférence masqués, rôdent dans les grandes cités comme dans les vertes avenues des banlieues résidentielles, s’introduisent chez vous on ne sait comment, comme par magie. Ainsi, le dément de «Halloween», qui trouve toujours le moyen de se retrouver dans la chambre à coucher des adolescentes. Si c’est impossible matériellement, ils utilisent le téléphone, comme le meurtrier de «Terreur sur la ligne» (1980), le rêve, comme le terrifiant Freddy du cycle des «Griffes de la nuit» (1984…) ou le fantasme, comme le violeur de « Dream lovera » (1986). La caractéristique essentielle du tueur psychopathe est sa quasi-invulnérabilité. Il est pratiquement impossible de s’en débarrasser, et, si d’aventure il advient qu’il soit éliminé, détruit une bonne fois pour toutes, l’empêchera-t-on de revenir à l’épisode suivant, quitte à se faire remplacer? Au premier «Vendredi 13» (1980), nous savions que l’assassin était la mère de Jason. Puis ce sera Jason lui-même, cadavre pourrissant émergeant de Crystal Lake, et plus tard l’une de ses victimes schizophrènes qui, se prenant pour le joueur de hockey, prendra à son compte sa folie meurtrière. La vieille dichotomie des Bons et des Méchants ne résiste plus, elle-même, à cette explosion de l’ultra-violente comme on disait dans «Orange mécanique»: l’héroïne de «Angel of vengeance» (1982), sourde-muette violée, se transforme en justicière encore plus terrible que son agresseur. Et que pèsent les loubards, délinquants des rues ou du métro, auprès des indestructibles «Nomads», esprits maléfiques d’une peuplade esquimaude brusquement surgis dans le décor rassurant de San Francisco ?

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80-90 les années fantastiques


Que furent les années 80 pour le cinéma fantastique ? La continuation des années 70. Ceci n’est une lapalissade qu’en apparence. C’est dans les seventies, en effet, qu’on a assisté à la naissance de ce qu’on pourrait appeler le fantastique moderne. Aux premières armes de Spielberg et de Brian de Palma, au triomphe de «L’exorciste» et de «Massacre à la tronçonneuse». L’horreur new-look a supplanté les fastes surannés du gothique, Hollywood a retrouvé sa suprématie, un moment perdue, au profit de l’Angleterre, à l’époque de la ‘gemmer. Ce fut une ère de transition, marquée surtout par l’essor commercial d’un genre cantonné jusque-là dans le ghetto de ses circuits spécialisés. Après Friedkin, Spielberg et sa bande ont gravi, avec «Duel», «Les dents de la mer», «Carne», etc., les sommets du box-office. Les années 80, en ce sens, n’apportent pas d’extraordinaire nouveauté. Si on ne se repose pas sur ses lauriers, on les fait fructifier. Par ailleurs, l’évolution entamée dans les seventies se poursuit de plus belle, selon quatre «lignes de force» : 1. L’importance de l’investissement. 2. La nature de l’inspiration. 3. Le niveau de créativité. 4. Le degré d’horreur.

80-90L’importance de l’investissement

Autrement dit, le coût de production dévolu aux films dits, fantastiques. Il faut ici rappeler que les films d’épouvante étaient, à l’origine, des productions comme les autres. L’Universal des années 30 consacrait à ses «Frankenstein» et «Dracula» des budgets de série A. C’est par la suite seulement que le fantastique devint le terrain privilégié de la sous-production, de la série 13 destinée au double programme. Dans les fameuses sixties, les chefs-d’œuvre britanniques qui firent le tour du monde étaient souvent des produits à bon marché. Il fallut la renaissance américaine du nouvel Hollywood pour que, de nouveau, on investisse beaucoup d’argent dans ce genre de spectacles, et cela dans le monde entier : après tout, c’est d’Australie que nous est venu un genre original de superproductions avec «Mad Max». Le signe précurseur de ce phénomène fut, dans les années 70, la vague du film-catastrophe. A la faveur de cette transition, le fantastique a pris le relais des grands genres hollywoodiens tombés en désuétude, voire en décrépitude : le western, le film de guerre, le péplum et le cape et épée. Le nouveau western, c’est la saga de «Mad Max», avec son héros solitaire, ses grands espaces, ses hors-la-loi sans scrupules et sa communauté d’élus qui seront les pionniers d’un monde nouveau. Le péplum rejoint les «heroic fantasy» et «sword and sorcery», «Lady hawke» ou «Willow». Le film de guerre trouve un équivalent spatial dans le cycle «Star wars», où l’arsenal est évidemment modernisé, comme dans «Alien 2, le retour» et, bien sûr, «Enemy mine», puis le récent«Abyss», toutes productions où les armes et les engins constituent l’essentiel du spectacle. Le genre cape et épée, qui a sa part aussi dans «Star wars» (les Jedis sont des chevaliers version cosmique, et l’Étoile de la mort de DarthVader remplace le château fort du shérif de Nottingham dans «Robin des Bois»), nourrit aussi désormais des « Highlanders » ou «Swordkill»… L’accroissement des budgets renforce le faste spectaculaire, et dans le fantastique, cela inclut le soin tout particulier apporté aux effets spéciaux (EX pour les intimes) dont la complexité, la finition et la perfection donnent la mesure de la richesse d’un film. Il y a deux sortes de FX. D’abord, ceux qui permettent de montrer catastrophes, explosions, déflagrations, incendies. Comme dans la plupart des policiers et autres films d’aventures. Et puis ceux qui relèvent plus particulièrement de l’horreur : les maquillages, les truquages qui donnent l’illusion de tous les mauvais traitements exercés contre les corps, les mutilations, les transformations, les métamorphoses les plus violentes. Pour cela, on a avancé à pas de géant dans ces années 80. On se souviendra de l’homme transformé en loup de «Hurlements» (1982), des créatures de l’au-delà de «Poltergeist» (1982), du chétif et sympathique alien de «ET» (1982), des monstruosités surréalistes de «The thing» (1982), et plus tard des joyeux revenants de «SOS fantômes», du cadavre écorché de «Hellraiser», de l’assassin défiguré aux mille gadgets horribles de la saga «Freddy»… Images fascinantes, jamais vues, réalisant les rêves les plus insensés de Georges Méliès : c’était ça, les années 80 !

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Freddy


Alerte, tout le monde aux abris, Freddy change de masque! Après avoir terrorisé en émanation vivante de cauchemars incroyables toute une, génération de teenagers, le voilà qui endosse, pour notre plaisir pervers, la cape, le chapeau et l’infernal maquillage du «Fantôme de l’Opéra». Voilà qui promet, car ce film, qui va sortir dans quelques semaines sur les écrans de l’hexagone, fait figure d’événement à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’agit de la première production en solo de Menahem Golan, qui fonda avec son cousin YoramGlobus la fameuse firme Cannon Group Inc en .1979. On leur doit quelques films particulièrement musclés, tels «Over the top» avec Stallone et «Delta force» avec Chuck Norris. Le 1er mars 1989, Golan décide de faire bande à part et crée sa propre maison de production, 21st Century Productions (8200 WilshireBlvd, Beverly Hills, California). Il cherche un sujet, voit à Londres la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber adaptée du «Fantôme de l’Opéra», a le coup de foudre, rachète les droits et monte l’affaire en trois semaines. Il engage Gerry O’hara pour réactualiser le script et confie la réalisation à Dwight H. Little, qui a signé «Halloween 4». Robert Englund, qui commence à saturer de la Freddy saga, est ravi de l’aubaine Golan lui propose le rôle- titre. «En créant « mon » fantôme, dit-il, je me suis servi de personnages aussi Jack l’Eventreur ou le bossu de « Notre-Dame de Paris ». Mais tous deux ont en commun la même notion aiguë de la pureté, un étonnant mélange d’innocence et de perversion…» Si Englund s’investit totalement dans sa «récréation», il doit aussi se plier aux exigences d’un tournage difficile en Hongrie et à New York. Cette quatrième version «officielle» du roman de Gaston Leroux s’écarte délibérément du canevas original. «Le problème, explique Menahem Golan, c’est que l’auteur du livre laisse planer le doute quant à l’origine du fantôme. Est-ce un être humain ou une émanation surnaturelle? Nous avonsdonc quelque peu transformé l’histoire, qui commence à New York en 1990, qui continue au London Opera House en 1989 pour s’achever de nouveau à New York». A ce stade du récit, un point d’histoire n’est sans doute pas inutile. C’est en 1911 que le feuilletoniste français Gaston Leroux publie «Le fantôme de l’Opéra». On lui doit une dizaine de romans, dont les plus connus sont «Le mystère de la chambre jaune» et «Chéri Bibi». En 1922, il propose un exemplaire du «Fantôme…» à Cari Laemmle, le président d’Universel, de passage à Paris. Enthousiasmé, ce dernier décide de le produire et de confier le rôle principal à LonChaney. Le but de Laemmle est simple : donner à l’acteur l’occasion de se distinguer à nouveau, après sa formidable composition de Quasimodo dans «Notre-Dame de Paris» en 1923, dans l’incarnation d’un personnage alliant la noblesse de cœur à la laideur physique. LonChaney était passé maître dans l’art du grimage, et il est à noter que dans cette version, qui vient de sortir en cassette chez GCR, tous ses visages ne sont pas obtenus à l’aide de masques, mais par un travail direct sur la peau. «Le fantôme de l’Opéra» est l’un des films les plus coûteux de l’époque, et Universel n’hésite pas à construire entièrement une parfaite réplique de l’Opéra de Paris dans son plus imposant studio, le fameux Stage 28. Le film, terminé par le réalisateur Edward Sedgwick après le renvoi de Rupert Julian, sort en version muette fin 1925, mais le succès est tel qu’Universel’ décide d’y ajouter des dialogues, des effets sonores et de la musique.Freddy Ainsi parée, l’œuvre fait une deuxième sortie en 1930, et c’est de nouveau le triomphe. Le scénario est d’un exemplaire fidélité au roman de Leroux. La trame en est la suivante. Eric est un étrange personnage masqué qui vit retiré du monde, dans les catacombes sous l’Opéra de Paris. A son sujet, les avis sont partagés. Certains prétendent l’avoir vu rôder dans les coulisses, d’autres ne croient pas à son existence. Eric est amoureux en secret de Christine, une jeune ingénue dont la voix l’a charmé. Il s’est promis qu’un jour, elle deviendrait la prima donna. Pour hâter la carrière de celle qu’il aime, il n’hésite pas à terroriser le personnel de l’Opéra. Il profite d’une confusion qu’il a provoquée pour enlever la jeune fille et la conduire dans son repaire souterrain. Christine, mue par la curiosité, arrache brusquement le masque d’Eric. Elle découvre le visage complètement ravagé d’un cadavre… Pendant ce temps, une foule, conduite par Raoul, le fiancé de la jeune fille, et un détective, envahit les catacombes. Eric s’enfuit, mais est finalement rejoint sur l’un des ponts de la capitale. La foule le bat à mort et jette son corps dans la Seine. L’ambiguïté fondamentale de la personnalité d’Eric est l’un des atouts maîtres du roman de Gaston Leroux. Existe-t-il réellement? Si oui, qui est-il? Pourquoi a-t-il été défiguré ? La deuxième adaptation, réalisée en 1943 par Arthur Lubin avec Claude Rains dans le rôle principal, se contente de reprendre, presque plan par plan, la première version. Plus intéressante est la manière habile dont le grand Terence Fisher, réalisateur fétiche dans les années 60 de la firme anglaise Hammer, extrapole et explicite le script original. «Le fantôme de l’Opéra» est un compositeur génial, mais inconnu. Il vend sa musique à Ambrose, qui se l’approprie. Alors, furieux d’avoir été floué, Eric met le feu à l’imprimerie de musique, mais est grièvement brûlé aux mains et au visage. Cette pure invention de scénariste a le double avantage d’être rationnelle (pourquoi et comment Eric s’est retrouvé défiguré) et de plonger dans le diabolo mythique (l’auteur de musique qui vend ses partitions pour enfin être joué n’est pas sans rappeler Faust, qui marchande son âme à Satan en échange de la vie éternelle. Souvenez-vous de «La beauté du diable» avec Gérard Philipe). Cette interprétation nouvelle et éclairante va beaucoup servir à Brian de Palma pour son opéra-rock «Phantom of the paradise». Ce détournement roublard du «Fantôme de l’Opéra» suscite, quelques mois avant sa sortie en 1974, d’importants problèmes légaux avec l’Universal. En effet, la firme reprochait à de Palma l’utilisation sans autorisation du roman de Gaston Leroux. Après de nombreux pour parlers, un accord financier fut conclu et Universal retira sa plainte. Tous ces petits chichis juridiques n’enlèvent rien à la puissance électrochoc du film, qui remporte fort justement le grand prix du Festival d’Avoriaz en 1975. De Palma a su donner une dimension futuriste et une vision nouvelle à une histoire qui, par le flou savamment ménagé par Gaston Leroux, permet tous les virévoltâtes, toutes les interprétations. On peut tout imaginer quant au passé d’Eric le fantôme, donc pourquoi pas un pacte avec Satan, non? Depuis le premier film avec Lon Chaney, on peut noter une double évolution. Tout d’abord, l’intrigue tend vers le fantastique, non plus seulement à cause du cadre, l’Opéra, mais aussi, nous l’avons vu, par les explications de moins en moins pragmatiques sur la défiguration du héros. La dernière œuvre en date, avec Englund en vedette, tire carrément vers la réincarnation et l’horreur pure et dure. Mais l’autre direction, amorcée avec «Phantom of the paradise» tend vers l’importance de la musique, voire son omniprésence. Il est donc logique qu’en apothéose, «Le fantôme de l’Opéra» soit monté sur scène et présenté comme une comédie musicale à part entière. C’est chose faite depuis le 9 octobre 86, puisque «The phantom of the Opera» triomphe chaque soir au Her Majesty’s theatre de Londres. La musique est signée Andrew Lloyd Webber et les «lyrics» Charles Hart. Dans le livret, point d’ambiguïté : Eric vend son âme au diable. Mais quelle mise en scène! Quelle féerie! Normal que cet infernal «musical» fasse dans le même temps un tabac à Broadway. A quand ce bijou sur une scène parisienne? Pour bientôt, espérons, le. Mais une chose est sûre, entre le cinoche et la scène, on n’a pas fini d’entendre parler du «Fantôme de l’Opéra».

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Interview Sigourney Weaver


Sigourney WeaverElle est grande, elle est belle et elle est connue dans le monde entier. «Alien» puis «Aliens», «SOS fantômes 1 et 2» en ont fait L’actrice du fantastique. Au moment où «Gorilles dans la brume» (Warner) sort en vidéo, Sigourney Weaver se livre à nos appétits voraces. Interview à la tronçonneuse par Katryn Malvaes.

Comment avez-vous vécu l’expérience de «Gorilles dans la brume»?

Repasser sur les traces une femme aussi extraordinaire que Dian Fossey n’a pas été une entreprise facile. C’est une expérience qui, m’a beaucoup arquée, d’abord parce que le personnage n’avait rien de commun avec tout ce que j’avais pu jouer auparavant, en suite parce que, pour la première fois j’incarnais un personnage avant existé. El est très difficile, astreignant, frustrant même, de devoir rester fidèle à une vérité alors qu’en général le cinéma de fiction laisse une certaine liberté d’interprétation. Il a fallu que je m’adapte

Gros bras, séductrice,marginale, call-girl… Vous attendiez-vous à une carrière de ce type?

Pas du tout. En fait, je pensais plutôt faire une carrière théâtrale. Comme Meryl Streep, j’ai commencé à étudier l’art dramatique à l’université de Yale pour monter sur les scènes new-yorkaises off-Broadway. Je pensais que le théâtre était plus complet, plus enrichissant que le cinéma. C’est le hasard qui a voulu que Ridley Scott me remarque et me fasse confiance pour tenir le rôle viril d’un astronaute, Ripley, dans «Alien». Ensuite, j’ai enchaîné des rôles toujours physiques ou intenses, sans doute en raison de mon look. Je suis charpentée, brune, la mâchoire carrée… on m’imagine mal en femme fragile.

Être parfois surnommé «la Rambo féminine» vous gêne-t-il?

Non, je crois qu’au cinéma, comme dans la vie, d’ailleurs, il faut savoir se démarquer, ne surtout pas être banale. J’aime l’action et c’est pourquoi on m’offre souvent des rôles de mecs. Mais s’il est vrai que je ne cherche pas à m’enfermer dans cette image, je préfère encore être Miss Rambo dans un bon film plutôt qu’un personnage romantique dans une production sans couleur…

Comment une femme aussi séduisante que vous peut-elle avoir envie d’incarner Ripley, dans «Alien», à ses débuts?

Sigourney Weaver2

Ce personnage m’est apparu intéressant d’emblée par sa profondeur. En tant qu’actrice, je préfère les rôles qui donnent la priorité aux actions et aux idées, comme c’est le cas dans «Alien». Je ne me soucie pas trop, en réalité, de mon image personnelle. Ripley m’est tout de suite apparue comme une personne fascinante, un mélange de vulnérabilité humaine et de force. A travers elle, j’allais au-delà de moi. C’est rare de trouver des rôles féminins qui aient assez de consistances pour être de véritables héroïnes. D’ailleurs, c’est encore plus rare pour les personnages romantiques.

Vous en avez cependant incarné quelques-uns…

Oui, mais le charme n’était pas la finalité. Dans «L’année de tous les dangers», par exemple, le charme exprimé n’a rien de commun avec celui de «SOS fantômes», encore moins avec celui du film «Escort girl». Je m’imagine mal en sex-symbol parce que je suis plutôt du style copain que séductrice. Et de plus, je suis assez timide.

Vous choisissez des films à la croisée des genres,entre horreur et fantastique, entre espionnage et romance. Vous cherchez le réel dans l’irréel?

C’est curieux, mais j’ai l’impression de n’être bonne au cinéma que si je me fais très peur. Autrement dit, je dois accepter le danger. Les rôles que j’ai joués correspondent sans doute à ma personnalité en tant qu’actrice. Je suis quelqu’un d’assez contradictoire aussi. J’aime surtout le rire et l’humour, mais j’en joue avec ambiguïté, parce que le monde dans lequel on vit se prête difficilement à la franche rigolade. «SOS fantômes 2», l’air de rien, soulève la question de l’environnement que nous détruisons. D’autres films, dans lesquels j’ai joué, montraient aussi les horreurs de la guerre, même si, en toile de fond, il y avait une histoire d’amour. Et ça, c’est la réalité.

Avez-vous des souvenirs inquiétants de tournage, et d’«Alien» en particulier?

Il m’est arrivé, en effet, de me sentir réellement en danger lors des deux différents tournages d’«Alien». Personnellement, je ne supporte pas la vue des armeset,dans le film, il y a beaucoup de scènes de mitraille, d’explosion, de lutte, etc. Même si les armes utilisées sont fausses, les projectiles que l’on lance et qui volent dans les airs, eux, existent… et toutes les scènes ne sont pas doublées. Je me suis d’ailleurs blessée, dans «Aliens», en essayant de protéger la petite fille qui joue dans le film. D’ailleurs, «Aliens» a été plus dur à tourner, les moyens étaient plus limités et les répétitions quasi inexistantes. J’ai eu, en particulier, 48 heures très difficiles au moment du tournage de la scène où l’entrée de la grotte s’écroule sous les tirs des mitraillettes. Janet, qui joue le rôle d’un militaire femme, a eu très chaud à cause de quelques flammes pas bien contrôlées… Le danger était réel, et j’ai personnellement frôlé l’hystérie.

Comment êtes-vous rentrée dans la peau de Ripley?

Je travaillais constamment avec un cascadeur qui m’indiquait comment mettre chaque mouvement en évidence, comment brandir les armes — hyper lourdes — pour paraître -crédible. Par ailleurs, je faisais de la danse pour m’assouplir et bouger plus vite. Psychologiquement, j’ai fait un travail de concentration très intense. D’ailleurs, mon plus gros défaut, au cinéma, c’est de prendre trop au sérieux mes personnages. Si je me mets à confondre film et réalité, alors je cherche une vérité qui est souvent effrayante. Maintenant, j’apprends à m’en détacher, à penser à autre chose entre deux scènes.

Sigourney Weaver3Vous restez aussi attachée à chaque rôle?

Oui, c’est même sans doute pour cela que j’ai accepté d’être à nouveau Ripleypour «Aliens», et de donner une suite à «SOS fantômes». Ce ne sont pas des raisons commerciales qui m’y incitent — mais bel et bien parce que les personnages finissent par me manquer terriblement!

Vous vivez aussi votre propre vie dans l’irréel?

Non, ce n’est pas vraiment cela la raison qui me fait être possédée par mes personnages de films. Je mène très bien ma vie personnelle en dehors du cinéma. Mais disons que, à l’inverse, les personnages que je joue me collent à la peau à tel point que, les années passant, j’ai envie de les reprendre en leur faisant subir ma propre évolution. C’est d’ailleurs ce que James Cameron m’a laissé faire lors du deuxième «Alien». Entre les deux films, je me suis mariée, j’ai développé une autre vision du monde. J’avais besoin de jouer avec moins d’idéalisme, pour montrer la dureté du monde. Avec «SOS fantômes 2», c’est un peu la même chose. Il s’était passé des choses, en cinq ans!

Les choses de la vie?

Oui, sauf que pour moi le mariage a plutôt été une source d’étonnement extraordinaire. J’avoue que j’en avais un peu appréhendé l’idée mais ma plus grande surprise fut de constater à quel point un mariage peut s’avérer facile quand deux êtres sont faits pour vivre ensemble! Je ne ressens pas cette notion de concession, dont on parle tant et qui fait souvent l’échec de certains couples. Jim est très facile à vivre et accepte les aléas de ma carrière.

Comment trouvez-vous un nouveau frisson à chaque film?

Les deux «Aliens» (Ridley Scott puis James Cameron) sont, si l’on peut dire, des films d’horreur où la violence coexiste avec le suspense. «L’année de tous les dangers» (Peter Weir) et «L’œil du témoin» (Peter Yates) sont plutôt des films d’espionnage dans lesquels je suis une journaliste-reporter en danger. «SOS fantômes» (Yvan Reitman) mêle l’humour à l’horreur. Quant à «Gorilles dans la brume» (Michael Apted), l’histoire est à la fois sentimentale et tragique, dans une dimension un peu surréaliste. Mon parcours m’a, en effet, permis de retrouver le frisson à chaque fois parce que j’incarnais toujours un personnage capital, primordial, avec une réelle dimension pour la femme et pour l’actrice. Je ne suis jamais seulement sex-symbol ou guerrière, mais il y a toujours de l’action, des idées et un aspect sentimental. Quant à «Working girl» (Mike Nichois), il a fallu que je me mette dans la peau d’un personnage assez odieux et tyrannique, ce qui n’est pas vraiment dans ma nature, mais qui a suscité précisément mon intérêt. Ce personnage-là m’a permis de dénoncer un certain profil de femmes sans-scrupules, aux antipodes de ce que représentait Dian Fossey.

Quel a été votre tournage le plus difficile?

«Une femme ou deux», de Daniel Vigne. Parce que c’était une comédie et j’estime que c’est le genre le plus difficile. En plus, je ne connaissais pas bien les subtilités de la langue française et j’étais morte de trac de tourner avec une star comme Gérard Depardieu, sous la direction d’un réalisateur français. Le film n’a malheureusement pas eu le succès mérité, mais je ne regrette pas de l’avoir tourné parce que j’ai été au-delà de moi-même, encore une fois, dans une situation qui me ressemble si peu.

Comment peut-on ne pas ressembler à ses rôles?

Ce sont eux qui finissent par me ressembler, parce que quand je joue, je mets toujours de mon expérience, de ma sensibilité dans le personnage. L’intérêt du cinéma, c’est de pouvoir transposer un peu de sa personnalité dans des personnages qui ne sont pas soi. Il se crée une sorte d’osmose. L’intérêt aussi de jouer ce que l’on n’est pas, c’est de rendre réaliste ce qui ne l’est pas ou encore de créer une autre réalité. Pour l’actrice, c’est aussi l’occasion d’expérimenter un caractère extrême.

Sigourney Weaver4Vous êtes aussi agitée et passionnée que vos personnages?

Non, pas du tout, je suis une personne très calme. Je ne me suis jamais prise au sérieux. D’ailleurs, je vis dans une toute petite maison à New York, dans Manhattan, qui étonnerait tous ceux qui m’imaginent vivant dans une luxueuse maison. Je suis vraiment passionnée par tout ce que je fais, sans doute avec excès si l’on en juge par l’état de mon appartement. Mon mari (le metteur en scène de théâtre Jim Simpson) et moi vivons le plus souvent au milieu de bagages, de cartons, de jouets, d’instruments de musique dont nous faisons collection… et de crises de fous rires. Je suis un peu farfelu peut-être.

Comment combinez-vous cet humour qui vous caractérise et cette lucidité évidente sur ce qui est dramatique?

Parce que tout coexiste, j’essaie justement d’alterner les films fantastiques, dramatiques et comiques, tout comme j’aime alterner les premiers rôles et les seconds rôles. Le principal, à mon sens, c’est de pouvoir s’exprimer sur le registre le plus large possible. A quoi cela sert-il de faire toujours les mêmes personnages? Moi, j’aime les défis et les rôles très physiques. Je ne ferai pas un troisième «Alien», mais pourquoi pas un autre personnage dans un nouveau film de science-fiction ou d’horreur… avec une bonne histoire. On n’a jamais vraiment tout dit!

Quel réalisateur français aimez-vous ?

Bertrand Tavernier, il a un style tellement personnel. J’aimerais beaucoup tourner avec lui.

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Monster in the closet


Après avoir vu «Monster in the closet», édité ce mois-ci par UGC Vidéo, vous n’ouvrirez plus un placard (closet in english) ou une armoire sans avoir quelques sueurs froides, suivies d’un énorme éclat de rire. C’est la base de cette parodie de films d’horreur, aux multiples facettes, où angoisse et suspense riment avec burlesque et fantaisie. Un plaisir fantastique, dans tous les sens du terme…

Monster in the closetSi le fantastique a, depuis longtemps, son festival, ses classiques et ses monstres sacrés (c’est le cas de le dire), il faut bien constater que le département parodie compte plus de séries Z que de véritables petits chefs-d’œuvre. Il faut remonter à «Schlock» et, plus récemment, au «Bal des vampires» ou à «Galaxina» pour sentir monter le plaisir… entre nos deux oreilles. Heureusement, il y a une compagnie cinématographique américaine, spécialisée dans les séries B d’envergure, qui a su faire la part belle à ce genre dans le genre. C’est avec de gros moyens qu’elle a permis à ce «Monster in the closet» de voir le jour et de devenir une série A, dévastatrice à souhait. Nous n’avions pas pris un tel plaisir depuis le «Beetlejuice» (Warner) de Tim Burton (Coup de cœur de novembre). Faisons tout de suite un (mauvais) sort à l’histoire. La petite ville universitaire de ChestnutHills, près de San Francisco, vit dans la terreur. Une série de meurtres étranges a eu lieu dans… des placards. Richard, un journaliste local, convainc son patron de faire une enquête sur l’affaire, qui prend en quelques jours d’importantes et sanglantes proportions. Dans le même temps, l’excentrique Dr Pennyworth et Diane, le professeur de biologie, tentent de faire comprendre au shérif Ketchum que c’est un monstre venu d’un autre monde qui perpétue ces crimes. La créature apparaît enfin, et l’armée intervient sans succès avant de faire évacuer la ville. Seuls Richard et Diane restent pour tenter d’exterminer le monstre qui ne menace rien moins que l’ensemble de la planète… Cette histoire à la structure classique laisse libre cours au pastiche et c’est un véritable catalogue de références (personnages, situations, dialogues, etc.), puisées dans le cinéma fantastique des années 50-60, auquel on a droit. En vrac, le monstre évoque tour à tour Godzilla, la créature du lac noir et même King Kong ; le couple héros a tous les tics de Clark Kent-Lois Lane dans «Superman»; le savant fou (la tronche d’Einstein) veut entrer en communication avec l’«être différent» comme dans toutes les séries B; le prêtre est toujours prêt à brandir le crucifix comme une ultime protection; le chef de l’armée, violent et patriote, ne pense qu’à exterminer la bête, etc. On passerait un bon moment à évoquer toutes les parodies de scènes historiques, de la mythique et hitchcockienne séquence de la douche jusqu’à la prise «en main» amoureuse par le monstre (serait-ce une femelle?), du héros, à la mode King Kong, en passant par la transposition du fameux orgue de Spielberg, dans «Rencontres du troisième type», en xylophone. Le résultat, c’est une avalanche de gags où l’absurde et le non-sens règnent en maîtres. Dans ce contexte, les acteurs s’en donnent à cœur joie. En dehors de l’illustre John Carradine («Cléopâtre», «La chevauchée fantastique », «Les dix commandements», «L’homme qui tua Liberty Valance»), on retrouve quelques-uns des meilleurs seconds rôles du cinéma et des séries TV comme Howard Duff, Claude Akins et Donald Moffat. C’est Bob Dahlin qui dirige tout ce petit monde avec brio. Il a travaillé comme assistant-réalisateur de grands noms du cinéma comme Robert Altman, Jonathan Demme, Tony Richardson, Richard Lester ou Richard Brooks. Il signe là son premier long métrage en ayant fait preuve, dès l’écriture du scénario, d’une connaissance profonde du sujet et d’un sens inné de l’exploitation humoristique. Les effets spéciaux sont eux aussi très soignés et l’on sent que ce film n’a pas été fait avec des bouts de chandelle. Que dire encore si vous n’êtes pas convaincus? Ecoutez très vite les émissions de Skyrock, qui font la part belle à ce Coup de cœur à savourer d’urgence. Une dernière chose, fermez bien vos placards avant de visionner cette cassette. On ne sait jamais…

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Le crime d’Antoine


Le crime d'AntoineMauvais coup de foudre : Antoine a perdu accidentellement sa jeune femme, Léa, le soir même de leurs noces. A la suite d’une petite annonce dans le Nouvel Obs, il rencontre une autre Léa : même prénom, même âge, même voix, même physique… Nouveau coup de foudre, bénéfique cette fois. En apparence. Car Léa n° 2 cache un mystère. Elle apparaît, disparaît, semble effrayée. Elle est surveillée, manipulée par un méchant antiquaire (Jacques Weber). Y’a de la machination dans l’air… Ce scénario captivant, tiré d’un roman de Dominique Roulet («L’inspecteur Lavardin»), est très astucieusement mis en scène par Marc Rivière, dont c’est l’attachant premier film. La trouvaille des ballons est digne d’Alfred Hitchcock ! Aussi convaincant en acteur qu’en chanteur, Tom Novembre est un Antoine aussi touchant que lunaire, et quant à Catherine Wilkening, en Léa vulnérable et ambiguë, elle confirme ses promesses de «Mon bel amour ma déchirure». Un deuxième film signé Marc Rivière serait le bienvenu…

Kinjite, sujet tabou

Kinjite, sujet tabouUn Charles Bronson tel qu’on le découvre depuis des années. Violent, expéditif et efficace. Mais «Kinjite» réserve tout de même quelques surprises. Avec J. Lee Thompson, Charlie le «zigouilleur de salopards», le «nettoyeur des grandes villes américaines» a souvent tourné : «Le justicier de minuit», «L’enfer de la violence», etc. Cette fois, Bronson le flic n’aime pas les Asiatiques. Mais il est chargé de retrouver la fille d’un homme d’affaires japonais enlevée par un proxénète de Los Angeles. Dans son enquête, le policier, aux méthodes assez expéditives (il faut respecter le mythe «Justicier dans la ville» !), va se heurter à la loi du silence. Car, dans la société japonaise, tout ce qui concerne viol et prostitution est kinjite : sujet tabou. J. Lee Thompson est un très habile artisan. Il sait mettre en place des scènes d’action violentes et nerveuses. Et il parvient à nous tenir en haleine avec une intrigue solide en suspense. On regarde donc «Kinjite, sujet tabou» comme un bon polar, un efficace thriller. De plus, Charles Bronson y est un personnage plus subtil que dans ses précédents films.

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